En 2018, les “restaurants américains les plus typiques” ont tous été fondés par des immigrés

Comme chaque vendredi sur 8e étage, nous vous proposons « l’improbable ». L’idée : gratter le vernis anecdotique d’une information qui pourrait à première vue prêter à sourire pour en révéler des aspects que nous considérons dignes d’intérêt.

L'un des plats proposés par le Sun Wah Barbecue Restaurant de Chicago, qui s'est vu attribuer le titre de restaurant le plus typiquement américain de l'année. (Photo Facebook/ Sun Wah Barbecue Restaurant)
L’un des plats proposés par le Sun Wah Barbecue Restaurant de Chicago, lauréat du titre de “restaurant américain le plus typique” de l’année 2018 de la James Beard Foundation.
(Photo Facebook/ Sun Wah Barbecue Restaurant)

Chaque année, la James Beard Foundation, une association à but non lucratif basée à New York qui vise à promouvoir l’art culinaire, récompense avec son prix « America’s Classics » cinq restaurants américains qu’elle considère comme emblématiques de la cuisine américaine. Volontairement ou non, l’annonce des lauréats véhicule cette année un message fort sur le rôle majeur joué par les immigrés dans le pays. En effet, les cinq restaurants primés ont tous été ouverts par des immigrés arrivés dans le pays après 1965, comme nous l’apprend Vox.

Le média américain explique que les prix sont attribués à des « établissements régionaux, souvent familiaux, qui sont appréciés pour leur nourriture de qualité, leur caractère local et leur l’attrait durable ». Au cours des dernières années, on retrouve ainsi au rang des primés des restaurants de grillade (barbecue joints) new-yorkais, des drive-in du Montana ou encore un restaurant du Maryland spécialisé dans le crabe (crab house).

Précisons tout de même, que l’on retrouve régulièrement dans le classement des restaurants ouverts par des immigrés — qu’ils soient arrivés récemment ou il y a plusieurs décennies. Ainsi, l’année dernière, c’était un restaurant de San Franscico spécialisé dans les burritos mexicains, La Taqueria, qui l’avait remporté.

Le cru 2018 s’avère néanmoins hors-norme, et porteur de sens quand on sait l’ambiance qui règne actuellement aux États-Unis. Le grand vainqueur est un restaurant chinois, le Sun Wah, fondé en 1987 dans le Chinatown new-yorkais avant de récemment déménager à Chicago par Eric Cheng, Chinois de naissance. En deuxième position, on retrouve El Guero Canelo, un restaurant de hot dog de Tucson, en Arizona, fondé par un Mexicain en 1979. La troisième place est occupée par Los Hernandez, un autre restaurant fondé par un Mexicain en 1957 et spécialisé quant à lui dans les tamales (NDLR, sortes de papillotes faites à base de farine de maïs). En quatrième et cinquième position, on retrouve des établissements fondés respectivement par un Vietnamien en 1982 et un Italien en 1965.

Interrogé sur la raison de ces choix, un porte-parole de la James Beard Foundation a souligné que les origines géographiques des chefs n’étaient pas nécessairement un facteur rentrant en compte lors du processus de sélection : « La cohorte de cette année célèbre, entre autres choses, le dynamisme des habitudes alimentaires américaines au 21e siècle ».

Cependant, dans l’Amérique de Donald Trump, un président habitué aux dérapages racistes (même s’il les nie ensuite systématiquement), le fait qu’une organisation prestigieuse comme la James Beard Foundation illustre par ses choix que c’est bien leur diversité qui fait la richesse des États-Unis a des effets de bouffée d’air frais. Notons que le Mexique, auquel Donald Trump tient tant à faire payer la facture de son projet de mur, y apparaît particulièrement bien représenté avec deux lauréats en 2e et 3e positions. De plus, deux autres lauréats 2018 sont arrivés aux États-Unis en tant que réfugiés, cibles régulières de la rhétorique du 45e président américain.

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