Ghana : Les femmes enceintes tentent de blanchir la peau de leur bébé grâce à des “pilules éclaircissantes”

Comme chaque vendredi sur 8e étage, nous vous proposons « l’improbable ». L’idée : gratter le vernis anecdotique d’une information qui pourrait à première vue prêter à sourire pour en révéler des aspects que nous considérons dignes d’intérêt. Cette semaine, direction le Ghana, où une nouvelle mode inquiète fortement les autorités. En effet, un nombre toujours plus important de femmes y prendraient des pilules au cours leur grossesse dans l’espoir d’accoucher d’un bébé à la peau claire.

(Photo Flickr/ William Haun)
(Photo Flickr/ William Haun)

Une nouvelle tendance inquiète aujourd’hui les autorités ghanéennes : celle des femmes enceintes prenant des pilules au cours de leur grossesse dans l’espoir d’éclaircir la peau des nouveau-nés… Bien qu’interdites à la vente, leur utilisation s’est récemment répandue comme une traînée de poudre, comme nous l’apprend The Atlanta Voice.

Cette mode de la « dépigmentation volontaire » ne touche pas que le Ghana. Les habitants d’un nombre important de pays africains se voient discriminés dans leur propre pays pour avoir une peau foncée. Ainsi, arborer une peau plus claire, synonyme de beauté et de succès, permet parfois d’y obtenir plus d’opportunités professionnelles et est plus généralement associé dans l’imaginaire collectif à un meilleur statut social.

Ce phénomène, qui se rapproche d’une forme de « racisme communautaire », est ce qu’on appelle le colorisme. Il explique la popularité toujours plus importante des produits éclaircissants dans des pays comme la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Mali, le Togo ou encore le Sénégal, pour n’en citer que quelques-uns.

L’année dernière, le Ghana se lançait dans une guerre ouverte avec « l’industrie du blanchiment de peau ». Une nouvelle législation y interdit tout bonnement la vente des crèmes éclaircissantes en raison de leurs effets néfastes sur la santé des consommateurs. La Food and Drugs Authority (FDA) a également décrété l’interdiction d’importer des produits éclaircissants contenant de l’hydroquinone (NDLR, un composé organique aromatique prisé pour ses propriétés antioxydantes). Problème : les publicités, elles, n’ont pas été interdites, ce qui fait que crèmes et autres lotions demeurent très présentes.

Un danger sanitaire de plus dont le pays n’avait pas besoin. Car les Ghanéennes enceintes encourent un risque en utilisant ces pilules, tout particulièrement à cause de l’un de leurs ingrédients : le glutathion, une substance naturellement présente dans l’organisme, qui agit comme antioxydant endogène. Pourtant, mal dosée elle peut causer des malformations congénitales, notamment des membres et des organes internes, voire entrainer le cancer.

En 2011 déjà, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) révélait dans son rapport sur la santé publique et l’environnement la présence d’importantes quantités de mercure dans les produits éclaircissants pour la peau, ce qui en fait des produits dangereux pour la santé humaine. Pourtant, cinq ans plus tard, en 2016, un article publié par le New York Times révélait que près de 70% des femmes d’Afrique de l’Ouest auraient déjà eu recours à des crèmes éclaircissantes…

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