La population française vieillit inexorablement et ce n’est pas une bonne nouvelle

Le Vieux Continent n’aura jamais aussi bien porté son nom. Il suffit de jeter un coup d’œil à l’évolution de l’âge médian en Europe pour s’en apercevoir. Cette semaine dans « Jeu de cartes », notre chronique hebdomadaire toute en cartes, nous nous intéressons aux changements démographiques et ce qu’ils peuvent nous apprendre sur notre avenir.

(Photo Flickr/ frkasb)
(Photo Flickr/ frkasb)

[MAJ] Chronique initialement publiée en 2014 et mise à jour le 10 avril 2018

« La vieille Europe ». C’est en ces termes que Donald Rumsfeld, alors secrétaire à la Défense des États-Unis, choisissait en janvier 2003 de désigner les pays européens — parmi eux l’Allemagne et la France – s’étant abstenu de prendre part à l’invasion de l’Irak qui aura lieu deux mois plus tard. Depuis, l’expression demeure utilisée de façon récurrente, aussi bien par les médias que par les politiques.

Bien entendu, l’idée de vieille Europe rejoint ici celle de « Vieux Continent » (surnom parfois donné à l’Europe par opposition au « Nouveau Monde » — l’Amérique). A priori donc, rien à voir avec l’âge médian de sa population, qui sépare un groupe de personnes donné en deux parties numériquement égales ; à ne pas confondre avec l’âge moyen. Pourtant, l’Europe pourrait ne jamais avoir aussi bien porté son surnom qu’à notre époque, comme nous le prouve la carte ci-dessous :

By TheZcuber [CC BY-SA 4.0], from Wikimedia Commons

L’âge médian dans les différents pays du monde ; à partir des estimations du CIA World Factbook pour l’année 2016.
(Crédit : TheZcuber/Wikimedia Commons)
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Réalisée par un contributeur de Wikipédia, elle compile des données du CIA World Factbook (NDLR, une publication annuelle officielle de la CIA détaillant chaque pays du monde, du point de vue géographique, démographique, politique, économique, des communications et militaire), en date de 2016, concernant l’âge médian dans les différents pays du monde. Un constat saute immédiatement aux yeux : l’âge médian en Europe, intégralement en bleu foncé, est bien plus élevé que dans n’importe quelle autre région du monde — et tout particulièrement qu’en Afrique.

« Pourquoi s’intéresser à l’âge médian ? », me direz-vous. Tout simplement car cette donnée s’avère être un indicateur pertinent sur le futur d’un pays. C’est elle qui permet ensuite, entre autres, de déterminer l’IDH (indice de développement humain), mais aussi le taux de natalité, de scolarisation, ou encore le pourcentage de la population active d’un pays.

Saviez-vous que selon les dernières données de la Banque mondiale sur le sujet, le pourcentage de jeunes âgés de 0 à 14 ans dans la population mondiale a chuté de 37,1% en 1960 à 26% en 2016 ? Cependant, certains pays vieillissent plus que d’autres. C’est le cas de la France, où de 26% en 1960, la part des jeunes de 0 à 14 ans a chuté pour atteindre 18% à peine en 2016.

De manière générale, l’Occident, la Russie, la Chine, le Japon et quelques autres pays d’Asie, s’avèrent avoir un âge médian bien plus élevé que le reste du monde. En tête du classement : Monaco (53,1 ans d’âge médian), puis le Japon avec 47,3 ans d’âge médian et l’Allemagne avec 47,1 ans, selon les dernières estimations du CIA World Factbook.

Ajoutez à cela un taux de natalité préoccupant et vous obtenez des pays dont les populations vieillissantes risquent encore de chuter très fortement au cours des prochaines années. Sans compter qu’une population qui vieillit n’est jamais une bonne nouvelle pour l’économie qui risque de souffrir d’une pénurie de main-d’œuvre.

Dans le top 10 se retrouvent également trois autres pays de l’Union européenne, l’Italie, la Slovénie et la Grèce (avec respectivement 45,5 ans pour le premier et 44,5 ans d’âge médian pour les deux autres), suivis de près par Hong Kong (44,4 ans d’âge médian), le Saint-Marin (44,4 ans d’âge médian) et Andorre (44,3 ans d’âge médian).

Âge médian de la population, 2006–2016 (en années) Source:  Eurostat  cliquez pour agrandir
Âge médian de la population, 2006–2016 (en années)
Source:  Eurostat
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Le graphique ci-dessus est issu du site Internet d’Eurostat (NDLR, une direction générale de la Commission européenne dont le rôle est de produire les statistiques officielles de l’Union européenne). Il permet de constater l’augmentation de l’âge médian au cours de ces dix dernières années dans l’ensemble des pays d’Europe observés.

C’est bien simple, de nos jours pas un seul pays d’Europe n’affiche un âge médian situé en dessous de la barre des trente ans. Au contraire, la plupart d’entre eux flirtent dangereusement avec la barre des quarante, voire la dépassent parfois allègrement. La France ne fait d’ailleurs ici pas figure d’exception avec 40,5 ans d’âge médian en 2018, selon les dernières statistiques de l’Insee en la matière.

Il y a presque quatre décennies déjà, le sociologue de la vieillesse Paul Paillat nous avertissait des dangers de ce vieillissement de la population qui serait « le phénomène social le plus important de notre époque. Ses conséquences sont multiples, diverses et diffuses ».

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Un zoom sur l’Afrique permet de contraster une situation européenne moribonde. La carte ci-dessus est une réalisation des équipes d’Actualitix, site Internet « qui présente des données et statistiques mondiales mais également nationales ou locales sous la forme de cartes et graphiques », à partir de données du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Elle dévoile l’âge médian dans les différents pays d’Afrique en 2015.

Saviez-vous que les 15 pays avec les âges médians les plus bas se situent tous sur ce continent où sont dénombrés plus de 225 millions de « teens », « twenties » et « thirties » ? Il est estimé que d’ici vingt ans, il y aura 340 millions de jeunes en Afrique. La tendance sur le continent est donc radicalement différente de celle qui prévaut en Europe. Région la plus jeune au monde en matière de population, l’Afrique peut se prévaloir d’une jeunesse qui représente 60% de la population globale du continent et un peu plus de 40% de la population active.

En tête de liste des « pays les plus jeunes du monde » : la République du Niger. L’âge médian y était de 15,4 ans en 2017, selon les estimations du CIA World Factbook. Ce pays d’Afrique de l’Ouest est talonné par le Mali (15,8 ans), l’Ouganda (15,8 ans), l’Angola (15,9 ans) et le Malawi (16,5 ans).

Problème : une part considérable de ces plus de 225 millions de jeunes Africains seraient au chômage. Il est estimé que 60% des chômeurs en Afrique sont des jeunes, selon les chiffres avancés dans le rapport Doing Business de la Banque Mondiale. De là à faire un lien entre cette jeunesse désœuvrée et la montée de revendications sociales et politiques, il n’y a qu’un pas — que certains ont déjà franchi, comme dans cet article du Guardian daté de mars 2014.

Le correspondant du quotidien britannique en Égypte, Patrick Kingsley, y soulignait l’existence (pour des raisons variées) d’un véritable fossé générationnel entre les élites et la frange la plus jeune de la population. Il cite, entre autres, les exemples de l’Égypte, de la République du Yémen (un pays qui se situe lui à la pointe sud de la péninsule Arabique) et du Nigeria. Trois pays qui ont connu ces dernières années, chacun d’entre eux à leur échelle, des mouvements de protestations venant des générations les plus jeunes. Si, bien sûr, les situations des trois pays sont difficilement comparables, un point commun existe : la jeunesse considère que ses leaders ne sont pas en phase avec les problèmes qu’elle rencontre. Ces jeunes de la génération Y, souvent surdiplômés, parfois discriminés, et dont les aspirations professionnelles et personnelles se retrouvent entravées par une situation économique catastrophique, représenteraient ainsi une véritable bombe à retardement.

Des propos nuancés par l’auteur dans la deuxième partie de l’article. Kingsley y précise que le fossé générationnel n’est pas toujours la cause première des mouvements de protestation. En Amérique du Sud par exemple — zone où l’âge médian est nettement supérieur (vers les 30 ans) — des troubles sociaux et des manifestations ont aussi lieu. Là-bas, c’est le manque de mobilité sociale et non de dialogue entre la jeunesse et le pouvoir qui serait la première cause de l’agitation sociale. La question reste évidemment sujette à débat.

Avant de conclure, nous allons brièvement nous pencher sur deux autres indicateurs démographiques. En premier : l’espérance de vie à la naissance dans les différents pays du monde (voir la carte interactive ci-dessus). Selon la définition de la Banque mondiale, cet indicateur renseigne combien d’années un nouveau-né devrait avoir à vivre « si les règles générales de mortalité au moment de sa naissance devaient rester les mêmes tout au long de sa vie ». Attention cependant, ces données datent de 2015 et peuvent potentiellement être en léger décalage avec la réalité.

On peut y observer que les pays d’Afrique affichent, quelques exceptions mises à part, des espérances de vie à la naissance très inférieures à celles que l’on peut retrouver, par exemple, au sein des pays d’Europe. Particulièrement touchés, les pays d’Afrique centrale et de l’Ouest payent le prix du manque d’efficacité de politiques nationales de lutte contre le Sida (parfois quasi inexistantes). Tristement, rien d’étonnant à ce que dans la plupart de ces pays, l’âge médian ne dépasse pas les 20 ans…

Notre dernière carte de la semaine s’intéresse au taux de fertilité (une fois encore en se basant sur des données datant de 2015). Selon la définition de la Banque mondiale, le taux de fertilité représente « le nombre d’enfants nés d’une femme si elle vivait jusqu’à la fin de sa période de fécondité et donnait naissance à des enfants conformément aux taux de fertilité actuels propres à chaque tranche d’âge ».

Et en matière de taux de fertilité — un examen rapide de la carte ci-dessus suffit à s’en convaincre —, c’est tout l’inverse de la carte précédente. Les pays d’Afrique s’inscrivent en bons premiers, affichant des taux de fertilité parfois cinq à six fois supérieurs à ceux du vieux continent. Avec en moyenne 7,29 enfants par femme, le Niger s’illustre une nouvelle fois, au même titre que la Somalie (6,36 enfants par femme), ou le Tchad (6,05 enfants par femme).

Le sujet vous intéresse ? Nous vous invitons à aller consulter par vous-même les différentes bases de données évoquées dans l’article dont, bien sûr, le CIA World Factbook, mais également celles d’Eurostat et de la Banque mondiale où cartes, classements et graphiques sont quasiment systématiquement mis à disposition du public. Bonne lecture.

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