Au Brésil, les enfants prêcheurs crèvent l’écran

À 9 ans, João Vitor Ota est l’un des enfants prêcheurs les plus en vue du Brésil. Tous les week-ends, plusieurs centaines d’évangéliques s’amassent pour écouter celui qui délivre un prêche « pur, divin, qui vient directement du ciel ». Au Brésil, le phénomène des enfants prêcheurs n’est pas nouveau. Il prend cependant une ampleur inédite avec les réseaux sociaux, YouTube en tête.

João Vitor Ota, 9 ans, lors de son prêche au Culto da Laje.  (photo Collectif Singulier/8e étage)
João Vitor Ota, 9 ans, lors de son prêche au Culto da Laje.
(photo Collectif Singulier/8e étage)

Un reportage de Margot Hemmerich & Charles Perragin
avec Jérémy Pain & Morgann Jezequel

Carlos se faufile dans les allées d’un marché couvert. Les étals offrent quelques vêtements, des bijoux, et autres colifichets clinquants. Installée devant une échoppe bariolée de chiffons, une femme l’attrape par le bras : « C’est bien ce soir, le culte ? ». Le quarantenaire aux cheveux grisonnants coupés en brosse hoche la tête en souriant. Voilà seize ans que Carlos s’est converti et depuis quelques années, il est un pasteur évangélique reconnu au sein de la Rocinha, la plus grande favela de Rio de Janeiro. 

Dans la partie basse du quartier, ce prêcheur en short et en claquettes lève machinalement la main pour saluer les habitants qui l’interpellent de loin. « À 23 ans, j’ai perdu mon père et je suis devenu accro à la cocaïne. Douze années d’enfer à dépenser parfois 250€ par jour pour de la poudre. Il m’est arrivé de passer une semaine sans fermer l’œil. Je restais reclus chez moi. » C’est au sein de l’Assemblée de Dieu, l’une des églises chrétiennes évangéliques de courant pentecôtiste les plus puissantes du pays, que Carlos a trouvé une issue à sa dépendance.

Si c’est un de ses amis pasteurs qui l’a tiré d’affaire, c’est aujourd’hui son tour de tenter de faire sortir les jeunes de la spirale du trafic et de la violence. Dans les petites ruelles où le graillon commence à crépiter sur des grills de fortune, il marche dans un silence déterminé et confiant. Ce soir, il sait qu’il y aura foule au « Culto da Laje », le lieu de culte qu’il a ouvert il y a quatre ans sur le toit de son propre appartement et où il prêche une fois par semaine. Aujourd’hui, il a convié João Vitor Ota, un enfant prêcheur de 9 ans, l’un des plus connus du Brésil. 

Au beau milieu d’une série de bâtisses mitoyennes et étroites, le prédicateur grimpe sur un perron et s’engouffre à l’intérieur d’une maison d’apparence banale. Au dernier étage, les fidèles sont déjà là. Les enceintes font résonner une douce musique au piano, accompagnée de chants à la gloire de Jésus. Juste en dessous, l’enfant star se prépare tel un artiste dans sa loge. Pantalon rouge, chemise noire, nœud papillon ajusté et mèche soigneusement peignée, João Vitor pianote sur son smartphone, assis dans un large fauteuil pivotant. Un look d’impresario, version miniature.

(photo Collectif Singulier/8e étage)
João Vitor Ota, peu avant son prêche.
(photo Collectif Singulier/8e étage)

À quelques minutes de son prêche, le jeune garçon est serein, comme avant chaque entrée en scène. « Je me souviens d’une fois, dans une église où étaient rassemblées plus de 5000 personnes. Le pasteur a appelé João, et la foule a commencé à l’applaudir. Quand ça s’est terminé, je lui ai demandé ce qu’il avait ressenti et s’il avait été intimidé. Il m’a alors répondu : “normal, je me suis senti normal” », raconte son père, interdit.

C’est que l’enfant n’en est pas à sa première fois. « Repéré » par une fidèle lors d’un culte alors qu’il n’avait que cinq ans et qu’il chantait dans la chorale, João enchaîne depuis les prêches quasiment tous les week-ends, samedi et dimanche. Convié dans le monde entier, l’enfant ne se produit pour l’instant qu’au Brésil, faute de moyens. Cependant, ses vidéos postées sur YouTube, elles, ont largement dépassé le pays-continent. Elles totalisent en moyenne plusieurs dizaines de milliers de vues, jusqu’à plus d’un million pour les plus populaires. « Nous recevons de plus en plus d’invitations, dans une proportion que je n’aurais jamais imaginée. Au départ, je ne savais même pas que ses prêches avaient été filmés et mis sur Internet. Petit à petit, les gens ont fait des recherches sur João. Il a commencé à São Paulo, en se rendant dans une première église, puis une suivante, etc. » Dans la seule ville de Madrid, en Espagne, près de trente églises auraient déjà convié le jeune prêcheur. 

UN PRÊCHE « PLUS PUR »

Ces enfants prêcheurs sont aujourd’hui le symbole de la montée des Églises évangéliques dans le pays. Même si le Brésil reste toujours le premier pays catholique du monde, selon le dernier recensement de l’Institut brésilien de géographie et de statistiques, en 30 ans, la proportion de la population à se déclarer évangélique est passée de 6,6% à 22%, tandis que la part des catholiques a chuté de 92% en 1970 à 64% de la population en 2010. Selon les chercheurs, à ce rythme, évangéliques et catholiques pourraient se retrouver au coude à coude en 2030.

Aux yeux d’Angelo Adriano Faria de Assis, chercheur à l’université fédérale de Viçosa et spécialisé en histoire des religions, le plus marquant tient à la multiplication rapide des églises pentecôtistes et néo-pentecôtistes. « Celles-ci cherchent à occuper un espace laissé par l’Église catholique, dont la pratique religieuse ne satisfaisait plus les attentes des fidèles. » Du côté de l’obédience protestante, les pratiques sont en effet plus « modernes », et la stratégie de séduction est claire : « Ils vont utiliser beaucoup de musique et recourir à des chanteurs de gospel qui vendent parfois des milliers de CD ! », explique le chercheur. 

João termine de se préparer avec l'aide de son père.  (photo Collectif Singulier/8e étage)
João termine de se préparer avec l’aide de son père.
(photo Collectif Singulier/8e étage)

Le message, quant à lui, est également plus ouvert, laissant entendre que toute rédemption est toujours possible, le péché venant du fait que Jésus n’était pas dans le cœur de celui qui le commit un jour. « Surtout », poursuit Angelo Faria de Assis, « la grande majorité des fidèles qui fréquentent ces églises est issue des classes sociales les plus basses. Celles qui n’ont pas de bonnes conditions financières, qui souffrent de problèmes d’emplois, d’habitation et qui sont exclues socialement. À travers un discours d’empathie et d’entraide, des églises tentent de se rapprocher des croyants, en leur promettant une amélioration de leurs conditions de vie. Dans ce schéma, les enfants prêcheurs sont un biais supplémentaire utilisé pour se rapprocher des fidèles ».

À la Rocinha, sur la terrasse du Pasteur Carlos, João s’est frayé un chemin entre ceux qui sont venus le voir prêcher. La salle est pleine à craquer ; plus une chaise n’est disponible. Dans un décor qui ressemble à une salle de conférence de presse d’après-match, avec le logo de l’Assemblée de Dieu en toile de fond, le garçon se saisit du micro. Il compte l’histoire de Zachée, un égoïste, un malhonnête collecteur d’impôt. En l’apercevant juché sur un arbre, au-dessus de la plèbe, Jésus décide de s’inviter chez lui. Une histoire scandaleuse pour les « gens bien », mais aussi une main tendue pour les habitants de la favela, parmi lesquels quelques délinquants et dealers de drogue venus assister au culte. Celle d’un amour divin accessible à tous, y compris aux pécheurs, qu’ils soient pharisiens ou dealers de cocaïne. 

La foule est électrisée. Au premier rang, des adolescents et de jeunes mamans se balancent d’avant en arrière, la main sur le cœur, les yeux fermés. Faux diamant à l’oreille et chaîne dorée au cou, un homme filme le prêche de Joao avec son smartphone, visiblement ému. À intervalle régulier, l’un des pasteurs qui occupent l’arrière de la scène hurle « Alléluia ! », le bras tremblant et tendu vers le ciel, le front perlé de sueur. Une femme pose sa main sur le dos d’un jeune adulte prostré, tentant vainement de cacher son visage grimaçant de douleur. Un vieil homme s’agite au fond de la salle, gesticule, crie, frappe dans ses mains avec frénésie, pourtant personne ne semble le remarquer.

Le visage enfantin de João se crispe par moments, ses gestes deviennent saccadés. Le flot continu de paroles se fait plus intense, plus rapide jusqu’à devenir une sorte d’invocation sibylline. Pour donner plus de poids à sa voix fluette légèrement enrouée, il la force tout en basculant violemment son corps pour ponctuer ses phrases. Pendant quelques secondes, il est comme possédé, puis ses petits yeux noirs froncés se relâchent. Presque une heure de prêche sans pause, sans interruption, sans notes manuscrites. « Zachée était un bandit, il n’y avait rien à faire, mais grâce à Jésus, son être a changé. »

(photo Collectif Singulier/8e étage)
(photo Collectif Singulier/8e étage)

Maria rejoint la scène pour prier avec João et d’autres pasteurs. Elle a perdu son fils, disparu un soir dans les ruelles de Rio. C’était il y a 9 ans, l’âge de l’enfant prêcheur. « Je suis venu pour voir le petit. C’est très fort ce qu’il se passe ici. J’ai honte d’avoir eu peur de venir dans cette favela, un endroit où Dieu n’entre plus. » Quand la cérémonie s’achève, João enchaîne les selfies avec les fidèles. Il signe des autographes, dédicace ses DVD. 

Ana Macia, 40 ans, range précieusement le disque dans son cabas. Elle fréquente les lieux depuis deux ans maintenant. « Ce garçon est une bénédiction de la vie. Son discours est vrai, authentique, il n’est pas pollué par le vice, c’est un coeur pur. » Cleiton, 19 ans, s’est quant à lui converti il y a sept mois. « Je suis très impressionné par son discours, ses punchlines. Il sait déjà tant de choses sur la Bible. J’ai été très touché quand il a dit que Dieu travaillait pour nous en silence », lâche le jeune homme, encore abasourdi par le culte.

Carlos observe la scène avec un sourire radieux. Ce soir d’avril, c’est la seconde fois qu’il convie un enfant prêcheur, après le succès de Matheus, un jeune âgé de 14 ans qui était déjà venu dans sa paroisse de la Rocinha. Il confirme : « Le prêche d’un adulte est plus mature, il y a davantage de connaissance et de contenu. Mais du point de vue spirituel, celui d’un enfant est un prêche pur, divin. Une parole qui vient directement de Dieu. Aujourd’hui, il y a beaucoup d’adultes qui ne sont pas charismatiques et se contentent de rapporter la parole de Dieu de façon très monotone. Avec João, c’est très naturel »

L’ASCENSION SOCIALE PAR LE PRÊCHE

Si João Vitor semble aussi à l’aise, c’est du fait de l’environnement familial dans lequel il a grandi. Fils d’un pasteur et d’une mère également accoutumée à prêcher, l’enfant de 9 ans s’est formé à leurs côtés. « Depuis qu’il est petit, il baigne là-dedans », reconnaît son père, Léo Ota. « Je suis pasteur, donc je l’emmène à l’église tous les jours, et il absorbe. » Habitué à étudier seul la Bible et ses histoires, Léo Ota est accompagné par deux de ses fils — João et son frère aîné Davi — pour des séances de lecture biblique en famille. 

(photo Collectif Singulier/8e étage)
(photo Collectif Singulier/8e étage)

Lors des cultes, João Vitor observe, s’imprègne, se forge un costume de prêcheur à son tour. Et révèle finalement des talents d’orateur hors pair. « Je suis un enfant normal, mais quand je ressens Dieu parler à travers moi, je me sens différent. Je me transforme en un canal de bénédiction pour les autres. Je rends gloire à Dieu pour qu’il m’utilise et je suis fier de prêcher cette parole, ainsi que le veut la Bible », raconte simplement le garçon, qui affirme choisir lui-même chacune de ses tenues.

Pour les familles, avoir un fils ou une fille qui se mette à prêcher est également vu comme une forme d’ascension sociale. C’est ce qu’analyse l’historien Angelo Adriano Faria de Assis : « Tout comme les fidèles, beaucoup d’entre eux viennent de familles très pauvres, et c’est non seulement une fierté pour la famille, mais aussi un gage d’assurance que leurs enfants s’éloigneront du trafic de drogue grâce à une place à l’église ». João Vitor lui-même est issu d’un quartier périphérique pauvre de São Paulo, miné par la violence. Le choix de la thématique de son prêche à la Rocinha n’a donc rien à voir avec le hasard.

UN PHÉNOMÈNE AMPLIFIÉ AVEC LES RÉSEAUX SOCIAUX

Au Brésil, le phénomène des enfants prêcheurs n’est pas nouveau. Il a toutefois pris beaucoup d’ampleur ces dernières années avec les réseaux sociaux, faisant émerger de jeunes prodiges de la religion dans les églises et surtout sur les écrans du monde entier. Sur les plateformes comme Facebook ou YouTube, des millions de fidèles suivent leurs prises de parole, mais aussi leur quotidien. 

Ils s’appellent Matheus, Alani ou bien Adriana et comme João, ils sont les nouvelles coqueluches des évangéliques au Brésil. La communication autour de leurs prouesses est bien rodée. Les vidéos des cultes, souvent filmés par une ou plusieurs caméras, donnent à voir des enfants s’exprimant devant plusieurs centaines, voire des milliers de personnes. « En moyenne, près de 500 personnes assistent au culte lorsque João est présent. Parfois, il faut même louer une autre salle, car tout le monde ne peut pas entrer dans l’église », souffle Léo Ota. Une fois, l’enfant a même prêché devant 20 000 personnes. « C’était dans la ville d’Itaquaquecetuba, dans la banlieue de São Paulo, à l’occasion d’une marche pour Jésus », affirme fièrement son père. 

À la Rocinha, la venue de João avait été annoncée en avance pour attirer les fidèles. Le jour du culte, l’enfant donnait en personne rendez-vous dans une vidéo « teasing » sur Facebook. Postée l’après-midi, elle avait déjà été visualisée plus de 4 000 fois le soir. « Il faut savoir utiliser la technologie en notre faveur, pour propager l’évangile au plus grand nombre . Nous sommes humbles et venons d’une favela, notre église a 100 membres, mais si je peux atteindre 100 000 ou 100 millions de personnes en ligne, je les atteindrai »,  confie Carlos, le pasteur du « Culto da Laje ». Les églises évangéliques ont bien saisi les enjeux d’Internet pour diffuser leur message. « Les réseaux sociaux ont été une bénédiction, c’est une arme très importante pour notre travail », renchérit-il.

Telle une célébrité, João répond aux demandes de selfies, de photos et d'autographes. (photo Collectif Singulier/8e étage)
Telle une célébrité, João répond aux demandes de selfies, de photos et d’autographes.
(photo Collectif Singulier/8e étage)

Largement relayées, les vidéos peuvent également mettre en avant les « exploits » supposés de guérison opérée par des enfants. Il n’est ainsi pas rare de voir des fidèles s’évanouir au contact des mains juvéniles. Les miracles s’enchaînent : une dame âgée, incapable de se lever de sa chaise, retrouve immédiatement l’usage de ses jambes lorsqu’une petite fille de 4 ans pose ses mains sur ses épaules ; une femme dépressive a repris goût à la vie après avoir écouté le prêche d’une autre enfant prodige. Les épisodes de transes collectives, caractéristiques des rites évangéliques, prennent une autre dimension : sur Internet, les prêcheurs en herbe interagissent au quotidien avec des fidèles devenus fans. Dans l’espoir, également, que les paroles divines se propagent par écrans interposés.

DÉRIVES D’UN BUSINESS LUCRATIF

Bien que très populaire, le prêche des enfants ne fait cependant pas l’unanimité au sein des différentes églises évangéliques. Certaines ne veulent pas reconnaître la capacité d’un enfant à pouvoir transmettre la parole divine et remettent en cause la qualité de leurs prêches. Un jeune garçon avait ainsi été accusé par des fidèles, il y a quelques mois, d’avoir recopié, mot pour mot, le texte d’un célèbre pasteur brésilien. D’autres s’interrogent sur le les responsabilités d’adulte qui incombent à ces jeunes stars et s’inquiètent qu’on leur « vole leur enfance »

En février dernier, l’annonce d’un prêche de João Vitor à l’Assemblée de Dieu du quartier Bras, à São Paulo, avait poussé le pasteur Josué Gonçalves à s’exprimer sur sa page Instagram : « Un enfant avec un comportement d’adulte, c’est anormal. Un enfant doit rester lui-même, vivre, jouer, étudier comme un enfant. Le placer à un pupitre, avec la responsabilité d’un adulte, ne serait-ce pas de la naïveté de la part de celui qui l’a mis là ? » Quelques jours plus tard, face aux réactions sur Internet, il avait éclairci ses propos : « Je critique le fait que [les jeunes prêcheurs] ont des comportements et des agendas d’adultes (…), peu importe que l’enfant soit évangélique, catholique ou d’une autre religion (…). Parents, aidez vos enfants à grandir de manière normale, à parler et à agir comme des enfants ».

Plus encore, ce sont les dérives du « business des enfants prêcheurs » qui dérangent. « Généralement lors de ces cultes, en présence de très jeunes prédicateurs, les dons augmentent. Ils réussissent à convaincre les fidèles de donner davantage à l’église », constate l’historien des religions. Et à mesure que la notoriété des petits prêcheurs se développe, les invitations se multiplient et leur rythme de vie s’accélère. « On essaye de satisfaire tout le monde, mais ça dépend de João. Je lui demande s’il veut y aller, je ne veux pas le forcer », assure le pasteur, garant de l’agenda de son fils. 

Le DVD de ses prêches est vendu 10 réaux minimum (environ 2,50€). (photo Collectif Singulier/8e étage)
Le DVD de ses prêches est vendu 10 réaux minimum (environ 2,50€).
(photo Collectif Singulier/8e étage)

Pour certaines familles, le prêche juvénile peut devenir un commerce très lucratif. D’autres, comme les parents de João, se défendent d’instrumentaliser leur enfant à des fins pécuniaires. « Une entreprise de production m’a contacté, car elle voulait travailler avec notre famille, et faire une marque de vêtement avec l’image de João. Elle nous a dit que dix entrepreneurs étaient prêts à investir, mais j’ai répondu que mon fils n’était pas un business. Il y a eu aussi des propositions pour chanter dans des programmes de télévision, mais pour le moment, ce n’est pas ce que nous voulons », renchérit le pasteur. Selon son père, les aides versées par les églises brésiliennes servent essentiellement à financer leurs déplacements au Brésil et à payer des cours d’anglais au jeune garçon. 

Épatées par son succès au Brésil, des églises du monde entier invitent en effet Joao à prêcher dans leur paroisse, mais la famille Ota freine encore. « Nous recevons des invitations d’Argentine, d’Uruguay et même des États-Unis, du Portugal ou d’Espagne », détaille Léo. « Les pasteurs qui nous accueillent nous aident comme ils peuvent, mais nous ne pouvons pas aller en Europe. C’est moi qui dois payer les billets d’avion et les passeports et pour l’instant, je n’en ai pas les moyens », regrette-t-il. Aujourd’hui, João se contente de prêcher la bonne parole dans le pays et la famille Ota de vendre les DVD de ses prêches, 10 réaux au minimum (environ 2,50 euros). On assure surtout que l’enfant garde une vie « normale » : « Il aime bien courir, jouer aux jeux vidéo et au football. Il a de bonnes notes et un esprit de leader à l’école. Il donne des conseils à ses amis et leur dit d’aller à l’église », affirme Léo. 

Rares sont cependant les enfants qui font de ce « don » une véritable carrière. « En effet, plus les enfants grandissent, et plus l’intérêt à leur égard diminue. Certains poursuivent dans cette voie, se forment et deviennent de vrais pasteurs. Mais en général, ces enfants prêchent durant deux ou trois ans, puis sont substitués par d’autres », conclut Angelo Adriano Faria de Assis.

João est aujourd’hui au sommet de sa gloire. Pourtant, quand on lui demande s’il aimerait devenir pasteur plus tard ou pourquoi pas président de la République, le garçon, dont le rêve est de rencontrer Cristiano Ronaldo, sourit, malicieux : « J’aimerais mieux être joueur de football professionnel, ça gagne plus ! » D’autant que le football n’échappe pas non plus au prosélytisme religieux, au point que de célèbres joueurs sont eux-mêmes devenus au Brésil des ambassadeurs de l’évangélisme.

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