Au Chili, un long combat pour l’avortement

Après 28 ans d’interdiction formelle, le Chili vient d’adopter une loi permettant l’avortement dans certaines conditions : en cas de risque vital pour la mère, de malformation ne permettant pas la survie du fœtus ou de viol. Encore faut-il que le médecin accepte de pratiquer l'intervention... Le plus gros réseau de santé privé du Chili a d'ores et déjà déclaré qu'il refuserait de pratiquer des avortements. Une mince avancée pour les droits des femmes donc qui en laisse encore des milliers dans la clandestinité.

(Illustration Anissa Katz/ 8e étage)
(Illustration Anissa Katz/ 8e étage)

En décembre 2016, Carla fait un test de grossesse qui se révèle positif. Une mauvaise nouvelle pour la jeune femme qui ne souhaite pas garder l’enfant. Malheureusement, elle vit au Chili, pays qui interdisait l’avortement jusqu’en août dernier, quelles que soient les circonstances. Rapidement, elle prend la décision d’interrompre sa grossesse malgré les risques, jusqu’à cinq ans de prison. « Quand j’ai vu le test apparaître positif, j’ai ressenti une étrange sensation, j’ai juste pensé que ce n’était pas le moment », explique la jeune femme, déjà mère d’un petit garçon de quatre ans.

Si Carla a réussi à en parler facilement à son compagnon, il n’en a pas été de même avec son entourage. Après neuf mois, la Chilienne n’a toujours pas évoqué le sujet avec sa famille de confession chrétienne. « Je ne crois pas qu’ils soient prêts à écouter ce genre de témoignage, la morale religieuse les empêcherait de voir les choses avec clarté et sans jugement », confie-t-elle. Le thème est difficile à aborder, d’autant plus que le risque d’être dénoncé n’est jamais loin. « Je vis dans un pays où l’avortement est interdit. Ici, il se vit dans la culpabilité et sans grand appui social », déplore la jeune femme de trente ans.

Avant de se retrouver dans cette situation, la mère de famille n’avait pas vraiment d’opinion sur l’avortement. Le sujet lui paraissait lointain, car il ne la concernait pas. Elle savait qu’il était possible de le faire avec des pilules vendues sur le marché noir, mais n’avait aucune idée de comment se les procurer. Elle ne se permettait pas non plus de juger celles qui le faisaient. « C’est un thème sur lequel il est difficile d’avoir une opinion tant qu’on ne l’a pas vécu », estime Carla. Elle s’est alors rapprochée de son groupe d’amies proches. « Ça n’a pas été un sujet de dispute, elles n’ont pas jugé si c’était la solution ou non, elles m’ont simplement incitée à me confier », raconte-t-elle.

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