Derrière les barreaux, les transsexuels prisonniers d’un vide juridique

On dit souvent que la prison est le miroir grossissant de la société. Alors, à une époque où les transgenres font face à l’incompréhension et au pire des discriminations et violences, c’est un quotidien humiliant et âpre qui les attend derrière les barreaux. Une détention chaotique dans un milieu carcéral où aucune loi ne régit leur incarcération.

(Illustration Anissa Katz/ 8e étage)
(Illustration Anissa Katz/ 8e étage)

« Imaginez une petite nénette parmi des centaines de détenus, pour certains violents, dans une prison pour hommes où rien n’est adapté à son incarcération », assène sèchement Chloë. Sa voix chaude et son rire franc la rendent chaleureuse. Son ressenti est compréhensible, car à travers cette description sommaire transparaît le calvaire carcéral qu’elle a enduré pendant ses années de détention à Caen. Cet emprisonnement ponctué de mépris et de discriminations, le tout enveloppé d'un épais flou juridique, certaines transgenres incarcérées1 le subissent toujours. 

Pour Alexandra2, qui était l’une d’elles jusqu’à sa libération de Fleury en 2016, tout se résume ainsi : « Pour être trans, tu dois accepter des conditions d’incarcération plus méprisantes que celles des hommes ». Alors qu’elle énonce ce jugement, ses yeux humides trahissent son sourire.

À peine son procès terminé, Alexandra essuie une première salve d’humiliation à laquelle sa condition de transsexuelle la condamne. « On t’inspecte de la tête aux pieds. Si tu n’as plus ton sexe d’homme, tu vas à la MAF (maison d’arrêt des femmes). Sinon, c’est celle des hommes à l’isolement », commente-t-elle mal à l’aise. Pour cette Brésilienne d’origine, ce fut la seconde option, « seule dans une cellule, voisine de deux autres femmes trans3, à côté des détenus homosexuels ou au physique efféminé, à ne voir quasiment personne de la journée »

Cette loterie subjective est pourtant illégale, dénonce François Bès de l’Observatoire international des Prisons (OIP) : « Selon la loi, l’affectation à une prison pour hommes ou femmes se fait en fonction du sexe inscrit sur l’état civil. Pourtant, l’administration pénitentiaire ne sait pas gérer cette situation, à tel point qu’une transgenre opérée ayant un état civil masculin et une Argentine4 non opérée avec un état civil féminin sont actuellement écrouées à la MAF de Fleury ».

MÉLANGE DES GENRES

Dans cet univers cloisonné et bourré de testostérone, Alexandra, Chloë et Abby voient leur transidentité fréquemment bafouée par des règles pensées uniquement pour les hommes. « Après mon incarcération, une amie m’a apporté quelques vêtements, mais a dû repartir avec, car je n’avais pas le droit de porter d’habits féminins ni de maquillage », se souvient Alexandra, qui se contentera d’un jean et d’un jogging.  

La suite de ce reportage est réservée aux abonnés. 8e étage est un media indépendant, 100% financé par ses lecteurs, sans publicité ni actionnaire. Quatre grands reportages par mois sont ainsi réservés aux abonnés.

N’hésitez pas à nous soutenir à partir de 3,90€ par mois à prix libre (paiement sécurisé/sans engagement) pour accéder à cet article ainsi qu’à tous les autres longs formats du site !

Recommandé pour vous

Connexion

S'inscrire

Réinitialiser mot de passe

Recevez 8e étage dans votre boîte mail !

L'information que vous n'avez pas lue dans les autres médias ! 📬
S'INSCRIRE