Où sont les plus gros buveurs d’alcool du monde ?

Cette semaine dans “Jeu de cartes”, notre chronique hebdomadaire toute en cartes, nous avons décidé de nous intéresser aux buveurs, qu’ils soient occasionnels ou réguliers. Nous vous proposons ainsi de plonger avec nous dans les méandres obscurs des habitudes de consommation d’alcool de la population mondiale. Un passage en revue tout en chiffres et en cartes (souvent interactives), en rappelant que l’abus d’alcool est dangereux pour la santé.

(Photo Flickr/ Jeremy Brooks)
(Photo Flickr/ Jeremy Brooks)

Chronique initialement publiée en 2015 et mise à jour le 21 mai 2018.

Saviez-vous qu’une personne âgée de 15 ans et plus consommerait, en moyenne, 6,4 litres d’alcool pur chaque année ? Que les effets nocifs de l’alcool entraîneraient la mort de 3,3 millions de personnes chaque année (soit 5,9% du total des décès dans le monde) ? Ces chiffres sont ceux que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a choisi de mettre en avant dans son dernier feuillet d’information sur les dangers de la consommation d’alcool, publié en février dernier. Il convient de souligner que ces estimations prennent en compte aussi bien la consommation d’alcool enregistrée (comprenez celle passée par les canaux légaux de vente d’alcool), que celle qui ne l’est pas. Cette dernière représenterait d’ailleurs près de 25 % de la consommation totale.

Entrons sans plus attendre dans le vif du sujet avec notre première carte interactive. Cette réalisation de la Banque mondiale se base sur les données de l’OMS les plus récentes en la matière. Elle illustre tout simplement la consommation totale de litres d’alcool pur par adulte de 15 ans et plus en 2015 :

Un simple coup d’œil permet immédiatement de constater que l’on boit bien plus du côté de la Russie, de l’Europe et de l’Amérique du Nord que n’importe où ailleurs dans le monde. En comparaison, la plupart des pays d’Afrique, du Moyen-Orient ou d’Asie apparaissent bien plus modérés.

En 2015, les pays du monde où l’on buvait le plus étaient la Moldavie (17,4 litres par personne/an), la Biélorussie (17,1 litres par personne/an), la Lituanie (16,2 litres par personne/an), la Russie (14,5 litres par personne/an) et la Tchéquie (14,1 litres par personne/an) — un classement peu ou prou similaire à celui de 2010. À l’inverse, parmi les pays où l’on buvait le moins on retrouvait la Libye (0 litre par personne/an), le Koweït, le Pakistan, la Mauritanie avec tous trois 0,1 litre par personne/an. Ils ont pour point commun d’avoir la même religion dominante : l’islam sunnite.

La France arrivait pour sa part en 18e position (elle était 17e en 2010), juste derrière le Gabon et la Croatie, avec 11,6 litres par personne/an. Il convient cependant – nous ne le répéterons jamais assez – de prendre avec précaution les données de cette première carte qui compile des moyennes statistiques.

Comment expliquer que les pays que l’on dit « développés » tendent à consommer plus d’alcool et de manière plus régulière que leurs voisins du sud — malgré le fait que ces mêmes pays bénéficient souvent de politiques de lutte contre l’abus de boissons alcoolisées ? Dans le rapport que nous évoquions plus haut, l’OMS nous apprend que « de multiples facteurs comme le développement économique, la culture, la facilité d’accès aux boissons alcoolisées, ou encore l’existence de politiques de lutte contre une consommation excessive ainsi que leurs degrés d’efficacité peuvent partiellement expliquer l’existence de différentes habitudes de consommation ».

Cependant, de telles moyennes ne prennent pas en compte l’existence d’une, plus ou moins grande, proportion d’abstinents — une donnée qui peut énormément varier selon les pays.

La carte ci-dessus, réalisée en avril dernier par Hannah Ritchie et l’économiste Max Roser, dont nous avons déjà mentionné les excellents travaux à plusieurs reprises, à partir des données de l’OMS pour l’année 2010, indique la part d’adultes âgés de 15 ans et plus ayant bu de l’alcool, sous une forme ou une autre, au cours des 12 mois précédents.

Comme vous pouvez le constater, c’est bel et bien la France qui arrivait ici en première position avec 94,8% de la population ayant ingéré de l’alcool au cours des douze derniers mois. À l’inverse, l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient s’illustrent une fois de plus par un nombre peu important de buveurs. Comme l’explique Max Roser, en 2010 en moyenne seuls 5 à 10% des adultes vivant dans ces régions du monde avaient consommé de l’alcool au cours des 12 derniers mois.

Saviez-vous que moins de la moitié de la population mondiale (38,3%) boirait de l’alcool — ce qui signifie que les buveurs ingéreraient en moyenne 17 litres d’alcool pur par an ? Alors, pour répondre de façon pertinente à la question qui nous intéresse aujourd’hui (où sont les plus gros buveurs d’alcool du globe ?), il convient de s’intéresser à une seconde représentation cartographique qui fait abstraction des abstinents.

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Cette carte illustre la consommation moyenne d’alcool pur, en une année, par la population des buveurs âgés de 15 ans et plus dans chaque pays en 2010.
(Source : Les Décodeurs à partir des données de l’OMS pour l’année 2010)
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Cette troisième carte a le mérite d’offrir une perspective très différente. Si, de fait, une grande partie de la population des pays dits « en voie de développement » ne boit pas – pour des raisons économiques, religieuses et/ou culturelles –, comme nous venons de le voir la partie de la population qui boit a tendance, elle, à ingérer de grandes quantités d’alcool.

Au sommet de cette nouvelle pyramide des plus gros buveurs de la planète nous trouvions donc en 2010 un top 5 hétéroclite : les Tchadiens (33,0 litres par an), les Émiratis (32,8 litres), les Gambiens (30,9 litres), les Tadjiks (30,3 litres) et enfin les Béliziens (29,8 litres), soit deux pays d’Afrique subsaharienne, un pays du monde arabe, un pays d’Asie et un d’Amérique centrale. Dans ces pays, un consommateur boira en moyenne bien plus qu’un amateur d’alcool russe (22,3 litres), tchèque (14,6 litres) ou encore étasunien (13,30 litres).

Nous connaissons donc maintenant les pays qui boivent en moyenne le plus et ceux qui hébergent les plus gros buveurs. Manque une dernière donnée : qui boit quoi ? Toujours selon ces mêmes données de l’OMS en date de 2010, à l’échelle mondiale, la consommation de spiritueux représente plus de la moitié de la consommation d’alcool mondiale. Vient ensuite la bière (environ 35%), suivie du vin (8%). Avec un classement aussi divers, il n’y a rien d’étonnant à ce que les boissons les plus consommées dans les différentes régions du monde varient du tout au tout.

Ainsi, si la bière représentait respectivement 66,3% et 68% de la consommation d’alcool pur au Tchad et au Belize, elle n’équivaudrait qu’à seulement 10% de la consommation totale aux Émirats arabes unis, où ce sont les spiritueux qui arrivent en tête (87%). De même, en Gambie, plus de 80% de la consommation d’alcool est à trouver dans la catégorie “autre”, c’est-à-dire les boissons alcoolisées qui ne sont assimilables ni à de la bière, ni à du vin, ni à des spiritueux.

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Les différents alcools consommés par les buveurs âgés de 15 ans et plus, en 2010.
(Source : OMS)

Dans l’hexagone, un buveur absorbait en moyenne 12,3 litres d’alcool pur par an en 2010. Avec un tel résultat, la France arrivait dans la moyenne des pays européens. S’ils se placent loin derrière les Polonais (24,2L), les Lituaniens (23,6L) ou les Portugais (22,6L), les Français arrivent devant les Norvégiens (9L), les Italiens (9,9L) ou encore les Islandais (10,4L).

Il apparaît également que nous restons fidèles à notre réputation d’amateurs de vin. Le breuvage préféré de Dionysos représentait en 2010 56,4% de la consommation d’alcool pur enregistrée dans le pays, devant les spiritueux (23%) et la bière (19%).

Cette carte, également réalisée par Max Roser à partir des dernières données de l’OMS, illustre le nombre de décès dont les causes sont directement attribuables à l’alcool en 2012, et ce en pourcentage, tous âges confondus.

Rappelons que chaque année, le décès d’approximativement 3,3 millions de personnes serait attribuable à une consommation excessive d’alcool, selon l’OMS. C’est près de 6% de la mortalité mondiale. En plus d’être trop souvent la cause, ou le facteur aggravant de multiples accidents de la route ainsi que d’actes de violence, l’alcool sous toutes ses formes serait directement impliqué dans près de 200 maladies et traumatismes.

Du point de vue des décès liés à l’alcool, il existe des différences marquées entre hommes et femmes. En 2012, l’alcool était impliqué dans 7,6% des décès d’individus de sexe masculin contre 4% de sexe féminin – les femmes seraient néanmoins toujours plus confrontées aux risques sanitaires liés à une consommation excessive d’alcool.

Enfin, il convient également de mentionner les ravages causés par une pratique de consommation qui a énormément gagné en popularité auprès de la jeunesse de nombreux pays au cours de ces dernières années : le « binge drinking » (ou “alcoolisation massive” en français). La carte interactive ci-dessus, réalisée par Max Roser à partir des données de l’OMS, illustre la part des buveurs âgés de 15 ans et plus qui en 2010 s’étaient adonnés au « binge drinking » au cours des 30 derniers jours.

À l’échelle mondiale, la pratique concernerait près de 16 % des buveurs âgés de 15 ans et plus, selon l’OMS. L’Europe (aussi bien de l’Est que de l’Ouest) et l’Amérique du Nord sont particulièrement touchées par le phénomène.

Selon l’OMS toujours, on peut parler de « binge drinking » à partir de l’absorption d’un minimum de 60 grammes d’alcool pur en un temps restreint, soit 6 verres standards.

Le sujet vous intéresse ? Nous vous invitons à consulter les dernières informations en la matière disponibles sur le site de l’OMS et, pour les anglophones, à vous plonger dans le très exhaustif rapport de l’OMS sur les risques liés à une consommation excessive d’alcool, en date de 2014. Si vous cherchez des informations sur un pays en particulier, nous vous invitons à consulter le site de la Banque mondiale, qui s’avère comme toujours extrêmement complet. Enfin, les travaux de Max Roser, dans le cadre de son fascinant projet Our World in Data, sont disponibles ici. Bonne lecture.

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