English Village, un paradis artificiel à 30 km des lignes de l’EI

En Irak, des Gated Communities protégées par des gardes armés et de hauts barbelés servent de logis aux expats et aux riches Irakiens. Plongée dans cet univers parallèle aseptisé.

(photo Anne-Sophie Faivre Le Cadre/8e étage)
(Photos Anne-Sophie Faivre Le Cadre/8e étage)

Les portes de l’English Village ne s’ouvrent pas au tout-venant. Ce quartier hautement sécurisé de la capitale du Kurdistan, région autonome du nord de l’Irak, n’est situé qu’à soixante kilomètres de Mossoul, et trente des lignes de front de l’Organisation de l’État islamique. Mais ce paradis artificiel, où tout est fait pour qu’une fois entré, personne ne franchisse à nouveau les barrières, respire l’ennui et la solitude. Gardées par des Peshmergas armés de mitraillettes, les portes de cet univers parallèle ne s’ouvrent qu’à la communauté des humanitaires, entrepreneurs, journalistes, hommes politiques et autres gens « bien nés » qui, pour un mois ou pour dix ans, travaillent à Erbil.

Les maisons, identiques jusqu’à l’absurde, sont entourées de pelouses verdoyantes ceintes par des haies taillées au millimètre. Pour tout horizon, de gigantesques squelettes de béton, immeubles en construction ouverts aux quatre vents. Partout, le silence, rompu par le seul murmure des climatiseurs. Les rues, où sont garées les Porsche, Jaguar et autres voitures de luxe, sont désertes. Elles ne se peuplent qu’à l’aurore du ballet des travailleurs sri-lankais, venus de l’autre bout de l’Asie pour un salaire de quelques centaines de dollars. Bonnes de quinze ans, gardes, repasseuses, chauffeurs, serveurs, jardiniers, magasiniers, laveurs de carreaux, cette armée d’invisibles parcoure l’English Village du matin au soir, donnant à l’endroit un aspect clinique et froid.

Du drugstore à la maison, de la maison au bureau, du bureau à la salle de sport, peu nombreux sont les résidents à s’aventurer au-dehors, dans le bruit et la fureur de la tumultueuse Erbil. Ainsi passent les jours, tranquilles. « Ici, on vit comme des poissons rouges. Du matin au soir, on tourne dans notre bocal doré, en évitant au maximum les populations locales. Ne pas voir, ne pas penser, s’abrutir de travail et être les spectateurs de nos propres existences : voilà à quoi ressemble la vie, ici. » En ouvrant une bouteille de vin rouge — achetée à prix d’or dans le quartier chrétien —, Joseph, entrepreneur au verbe franc et à la barbe de trois jours, raconte ses journées, en tout point semblables. « Nous sommes des aliénés volontaires, ici. Nous avons tout sur place alors pourquoi chercher ailleurs ce que l’on peut trouver en trois minutes à pied ? Voilà comment on se retrouve à vivre dans un périmètre d’un kilomètre carré sans jamais en sortir. »

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