Déserteurs américains de la guerre en Irak, ils vivent au Canada sans papiers

La guerre en Irak a connu son lot d’opposants et de déserteurs au sein même de l’armée américaine. Plus de dix ans après le début du conflit, une quinzaine de militaires vivent illégalement au Canada afin d’échapper à la cour martiale.

(Photo Facebook/War Resisters Support Campaign)
(Photo Facebook/War Resisters Support Campaign)

Dans les années 60, durant la guerre du Vietnam, de nombreux Américains opposés au conflit ont fui au Nord, trouvant asile au Canada. Pierre Eliott Trudeau, alors premier ministre du pays, autorisa des dizaines de milliers d’Américains ayant refusé de se soumettre à la conscription à rester légalement au Canada le temps de la guerre.

Tout comme la guerre du Vietnam, l’invasion de l’Irak a divisé l’opinion publique, mais aussi l’armée. De nombreux soldats ont refusé de suivre les ordres de l’armée, préférant déserter plutôt que d’aller se battre. Le Canada estime aujourd’hui à environ 200 le nombre de militaires américains ayant fui les États-Unis pour trouver refuge dans les provinces canadiennes.

L’histoire s’est donc répétée 50 ans plus tard, avec cependant une différence de taille. Contrairement à l’administration Trudeau, le gouvernement de Stephen Harper n’a pas accueilli ces déserteurs à bras ouverts. À la place de l’asile politique, ils ont eu le droit à la déportation. Prêt à tout pour empêcher les déserteurs de trouver refuge dans son pays, Ottawa adopte en 2010 le bulletin opérationnel 202 faisant de ces opposants à la guerre des criminels, inéligibles à la citoyenneté canadienne. Sur les 200 soldats américains arrivés au Canada au cours des treize dernières années, principalement entre 2005 et 2008, ils ne sont plus que quinze à y vivre, selon le Toronto Star.

 Certaines personnes qui pourraient avoir déserté l’armée ou qui pourraient avoir commis une infraction équivalente à la désertion dans leur pays d’origine ont demandé l’asile au Canada. La désertion est considérée comme une infraction au Canada en vertu de la Loi sur la défense nationale (LDN). […] Par conséquent, les personnes qui ont déserté l’armée dans leur pays d’origine pourraient être interdites de territoire au Canada 

Le statut des quinze derniers militaires américains résidant sur le territoire canadien pourrait cependant bientôt changer. Beaucoup plus libéral que son prédécesseur Stephen Harper, Justin Trudeau n’a jamais caché son désir de revoir le statut de ces opposants à la guerre : « Je suis pour autoriser des opposants consciencieux à rester [au Canada]. [Je m’engage] à restaurer notre sens de la compassion, et notre ouverture d’esprit afin de faire de notre pays un refuge sûr pour les personnes qui y viennent », a-t-il déclaré dès juillet 2015 lors de sa campagne électorale, rapporte le Toronto Star.

Si les mots de Trudeau ont été accueillis avec joie par les déserteurs demandeurs d’asile, ils attendent encore que le premier ministre agisse : « L’élection était il y a maintenant neuf mois et malheureusement très peu de choses ont été faites » selon Michelle Robidoux, la porte-parole de War Resisters Support Campaign, rapporte le Global Post. La situation devrait cependant se décanter dans les prochaines semaines, plusieurs procès initiés contre des déserteurs par le gouvernement Harper arrivant à leur terme.

Le 16 septembre prochain, Justin Trudeau doit prendre une décision afin de décider de l’avenir de ces anciens soldats, et Michelle Robidoux a bon espoir que la décision du premier ministre leur soit favorable : « Nous pensons qu’il y a des personnes dans ce gouvernement qui nous écoutent [enfin]. Si quelqu’un doit être puni pour la guerre en Irak, ce n’est certainement pas les soldats qui ont refusé de se battre », a-t-elle ajouté. L’arrêt des poursuites judiciaires représenterait le premier pas dans la légalisation du statut de ces militaires, qui ne pourra réellement se faire qu’avec l’abolition du bulletin opérationnel 202 selon la War Resisters Support Campaign.

Il y a quelques jours, Rodney Watson – qui a servi en Irak et qui depuis sept ans a trouvé refuge au sein de l’église First United Church de Vancouver – a décidé de s’adresser directement au premier ministre canadien : « Je peux le voir dans vos yeux, vous avez, de loin, bien plus de compassion dans votre coeur que Stephen Harper n’en a jamais eu pour les opposants à la guerre. [Je vous demande] de faire ce qui est juste et de m’autoriser à être libre afin de pouvoir vivre avec mon fils qui est né canadien », un témoignage rapporté par le quotidien de Toronto.

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2 commentaires

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  2. A. RVL 3 années ago

    Ça donne à réfléchir. Est ce que les Canadiens appliqueraient la même clémence à leur propre déserteurs ? Est ce que les États-Unis pourraient faire la pareille vis à vis des Canadiens en retour ? La problématique est quand même différente de celle de l’époque du Vietnam, il n’y a plus de conscription je crois. Je suppose aussi que les engagés volontaires doivent pouvoir se rétracter avant de partir, mais une fois au combat, l’état-major doit pouvoir compter sur ses troupes.

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