[Jeu de cartes] : Quels sont les pays “les plus obèses” ? 🔒

En 2015, le monde comptait plus de 2,2 milliards de personnes en surpoids, soit l’équivalent de 30% de la population mondiale. Parmi elles, 771 millions d’obèses, dont 108 millions d’enfants. Cette semaine dans “Jeu de cartes”, c’est à cette dernière catégorie de personnes — qui représenterait plus de 12 % de la population mondiale — que nous allons nous intéresser. Quels sont les pays qui comptent le plus d’obèses ? Quelles sont les causes de l’obésité ? Quelles différences entre les sexes ? L’âge a-t-il un rôle à jouer ? Autant de questions auxquelles nous nous efforcerons d’apporter des réponses.

Mis à jour le 21 juin 2017

Une chronique illustrée avec des infographies d’Optimyself.

(photo flickr/Sandra Cohen-Rose)
(photo flickr/Sandra Cohen-Rose)

Lundi 12 juin 2017, le New England Journal of Medicine, une prestigieuse revue médicale américaine, publiait les résultats préoccupants d’une nouvelle étude : 30% de la population mondiale, soit 2,2 milliards de personnes, étaient en surpoids en 2015. Menée sur 68,5 millions de personnes dans 195 pays et territoires sur une période de trente-cinq ans, il s’agit de l’une des études les plus importantes jamais réalisées sur le sujet.

Ces estimations sont néanmoins quelque peu en deçà de celles de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) — en date, elles, de 2014. L’institution spécialisée de l’Organisation des Nations unies pour la santé publique continue de considérer que 39% des adultes sont en excès de poids.

(Source  optimyself.com)
cliquez pour agrandir (Source  optimyself.com, à partir des résultats de l’étude parue dans le New England Journal of Medicine)

Selon les résultats de l’étude américaine, l’obésité est une maladie chronique qui toucherait 771 millions de personnes, soit 13% de la population mondiale — sur le site de l’OMS on évoque toujours 600 millions, même si cela fait plusieurs années que certains considèrent que ces chiffres sont sous-évalués. Selon cette même étude, rien qu’en 2015 l’obésité aurait causé la mort de quatre millions de personnes dans le monde.

Avant de poursuivre, il paraît important de faire la différence entre surpoids et obésité. Si dans les deux cas ces conditions sont décrites comme “une accumulation excessive ou anormale de gras dans des proportions dangereuses pour la santé”, l’obésité peut entraîner des conséquences bien plus graves qu’une simple bedaine proéminente. De nos jours, on compte plus de décès liés à l’obésité chaque année qu’aux conditions liées au sous-poids dans le monde.

Afin de savoir si vous êtes obèse, il suffit de calculer votre indice de masse corporelle (IMC) — que l’on obtient en divisant son poids en kilos par la racine carrée de sa taille en mètres. Selon l’OMS, un IMC supérieur ou égal à 25 fait de vous une personne en situation de surpoids. Un IMC supérieur ou égal à 30 une personne obèse.

Attention, si le calcul reste valable pour les deux sexes et pour les adultes de tous âges, il faut néanmoins toujours garder en tête que l’IMC peut parfois s’avérer trompeur. En effet, selon le profil morphologique et la masse musculaire — entre autres choses —, il ne reflétera pas le même pourcentage de gras chez différents individus. Le mieux reste alors d’utiliser un adipomètre pour calculer l’épaisseur des tissus adipeux.

Quels sont les pays qui comptent le plus important ratio d’obèses ? La carte ci-dessous (en date de 2014 et réalisée à partir des données d’une étude parue dans The Lancet) a le mérite de nous permettre d’y voir un peu plus clair. Au travers d’un dégradé de couleurs, elle indique la part de personnes obèses par rapport à la population totale des différents pays. Ainsi, les pays en vert comptaient les plus faibles proportions d’obèses (de 1 à 20% selon l’intensité du vert) et ceux en orange/rouge les plus importantes (entre 25 à 35% pour les pays en orange/rouge pâle ; 40% et plus pour ceux en rouge foncé).

(source : http://i100.independent.co.uk/article/the-global-obesity-epidemic-in-four-maps--lkszPZhg1l)
 Part des personnes obèses par rapport à la population totale dans les différents pays du monde en 2014.
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Il est particulièrement intéressant de noter que le top 10 des pays qui comptent le plus grand pourcentage d’obèses était presque entièrement situé dans les îles du Pacifique. Ainsi, le trio de tête se composait des Samoa américaines (territoire non incorporé et non organisé des États-Unis situé en Océanie), de la République de Nauru et des Îles Cook (État indépendant reconnu comme État non membre par l’ONU en libre association avec la Nouvelle-Zélande).

L’Amérique du Nord — dont la superficie a tendance à attirer l’attention — hébergeait également des populations avec une proportion importante d’obèses. Ainsi, en 2014 les États-Unis arrivaient en 18e position avec 33% de sa population souffrant d’obésité. Le Mexique était lui 23e avec 32,1%.

À noter également que les populations des pays arabes n’étaient pas non plus épargnées par ce fléau. Au Koweït, qui arrive en 10e position, 42% de la population souffrait d’obésité. Il était suivi par le Qatar (16e position avec 33,2% d’obèses), l’Égypte (17e avec 33,1%), l’Arabie Saoudite (19e avec 33%) et enfin le Bahreïn (20e avec 32,9% d’obèses).

Au côté des États-Unis, on retrouvait d’autres géants démographiques comme l’Allemagne (59e avec 25,1% d’obèses), la Chine (152e avec 5,7% d’obèses), l’Inde (184e avec 1,9%), la Russie (46e avec 26,5%), le Brésil (102e avec 18,8%), le Mexique, l’Égypte, le Pakistan (153e avec 5,5%) et enfin l’Indonésie (160e avec 4,8% d’obèses).

(Source  optimyself.com)
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Ces chiffres ont depuis été contredits par les résultats de l’étude publiée dans le New England Journal of Medicine qui nous apprennent que parmi les vingt pays les plus peuplés du monde (voir carte ci-dessus), c’est du côté de l’Égypte que l’on trouverait la part la plus importante d’adultes obèses (35,3%). En revanche, les États-Unis remporteraient la palme de l’obésité infantile avec 12,7%. Du côté des “bons élèves”, on retrouverait le Vietnam (1,6% d’incidence d’obésité des adultes) ou encore le Bangladesh (1,2% d’incidence d’obésité infantile).

Soulignons que le classement s’intéresse une fois encore au pourcentage d’obèses dans la population. Si l’on ne regarde que le nombre d’adultes obèses, c’est la Chine qui prend logiquement la première position en 2015 (avec 79,4 millions, dont 15,3 millions d’enfants) suivie des États-Unis (57,3 millions d’obèses).

Autre statistique édifiante : entre 1980 et 2015, la prévalence de l’obésité aurait doublé dans 73 pays — ainsi que dans treize dans vingt pays les plus peuplés du monde. Au cours de cette période, il n’y aurait qu’en République démocratique du Congo que l’obésité n’aurait pas augmenté. À noter que cette hausse est encore plus sensible du côté des enfants.

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Top 10 des pays comptant la plus grosse proportion de personnes obèses en 2014.
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Si l’obésité reste le plus souvent une maladie présente au sein des pays développés, les pays émergents sont aussi de plus en plus concernés. Pour s’en convaincre, il suffit de se pencher sur la liste des dix pays qui totalisaient à eux seuls plus de la moitié des personnes obèses du monde en 2014.

À la vue de ce top 10, on pouvait s’interroger sur les raisons qui ont amené autant d’îles nations du Pacifique à être confrontées à de tels problèmes d’obésité. Deux facteurs semblent proéminents. Tout d’abord, comme l’explique cet article de The Telegraph datant de 2008, le régime alimentaire des habitants, essentiellement constitué d’aliments transformés et souvent importés, en est sans doute la première cause. S’ajoute à cela l’existence d’importants gisements miniers (sources de revenus indispensables à la survie de ces atolls), qui monopolisent à l’heure actuelle l’essentiel des terres arables et qui ont forcé les populations à modifier leur alimentation.

Il est donc devenu quasi impossible de trouver des légumes ou des fruits produits localement. S’ajoute à cela le fait que les produits de la pêche, autrefois essentiellement destinés à nourrir les populations locales, sont de plus en plus réservés à l’export. La mondialisation, elle aussi, peut participer au changement de culture et diriger les jeunes vers de nouveaux modes d’alimentation. Au changement de régime alimentaire s’ajoute aussi des facteurs culturels dans la mesure où, chez ces peuples, le surpoids tend à être associé à une notion de richesse et de pouvoir.

De manière générale, il convient de remarquer que l’obésité augmente dans l’ensemble des pays du monde. Elle n’est donc pas uniquement liée à la richesse. Parmi ses causes, multiples, on liste l’urbanisation, qui entraîne une baisse de l’activité physique, mais aussi les changements dans les habitudes alimentaires ainsi qu’une meilleure accessibilité aux produits transformés (NDLR, depuis 1990 leur prix baisse de 1 à 2% chaque année alors que celui des fruits et des légumes augmente de 2 à 3%).

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Du côté de l’Europe, si aucun pays ne rivalise avec les chiffres catastrophiques évoqués un peu plus haut, on compte également un nombre important de victimes de l’obésité. En République tchèque, qui arrive en 21e place du classement mondial, elles composaient 31% de la population en 2014. Autres mauvais élèves, Malte (32e avec 28,8%), la Slovénie (33e avec 28,6%) ou encore la Hongrie ex aequo avec la Lituanie (37e avec 27,6%).

(Source  optimyself.com)
cliquez pour agrandir (Source  optimyself.com, à partir des résultats de l’étude parue dans le New England Journal of Medicine)

Toujours selon ce classement de 2014, la France arrivait pour sa part en 108e position avec 18,2 % de sa population souffrant d’obésité. (NDLR, à noter que ces chiffres varient selon les sources. Par exemple, le site internet www.obesite.com indique qu’en France, seuls 9,6% des adultes seraient en situation d’obésité, mais qu’en revanche, le surpoids concernerait lui près de 30% de la population adulte).

L’étude du New England Journal of Medicine parle pour sa part de 17% de femmes obèses en France, contre seulement 14% d’hommes. On dénombrerait en revanche 44% d’hommes en surpoids, contre 27% de femmes.

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Ces deux cartes, réalisées en s’appuyant sur des données datant de 2008 récoltées sur le site du CIA’s World FactBook, nous viennent de Cliniccompare, une compagnie britannique proposant à ses clients de comparer les différentes prestations de cliniques privées britanniques.

Il est intéressant de regarder la manière dont l’obésité varie entre les sexes. La carte ci-dessus met en lumière un certain nombre de différences. Ainsi, le Canada, les États-Unis, l’Australie et une bonne partie des pays d’Europe comptent un pourcentage plus important de personnes obèses au sein de la population d’hommes que de femmes. En résumé, au sein des pays dits “développés”, les hommes semblent plus affectés par l’excès de masse graisseuse que les femmes. Les premières causes de l’obésité y sont une mauvaise alimentation, un manque d’activité physique ou encore le stress.

À l’inverse, dans les pays dits “en développement” situés en Amérique du Sud, en Amérique centrale et en Afrique, on peut s’apercevoir qu’il y a un pourcentage plus important d’obèses chez les femmes que chez les hommes. Dans un certain nombre de ces pays, des personnes qui souffrent de malnutrition et d’obésité se côtoient. Pour en comprendre la raison, il convient là encore de se pencher sur les causes de l’obésité qui sont ici à la fois sociales et économiques. D’un point de vue financier tout d’abord, nombre de ces populations ont aisément accès à des produits non recommandés dans le cadre d’une alimentation saine comme l’huile et le sucre (dans le cas de l’huile, sa production est souvent subventionnée par les États, dans le cas du sucre, les cours se sont récemment effondrés, en faisant un produit très abordable). La surconsommation de ces denrées et la négligence d’autres provoquent notamment des carences.

(Source  optimyself.com)
cliquez pour agrandir (Source  optimyself.com, à partir des résultats de l’étude parue dans le New England Journal of Medicine)

Selon les chiffres de l’étude américaine évoquée au début de cet article, en moyenne, dans le monde, les femmes sont généralement plus concernées par l’obésité. À noter également que le pic d’obésité intervient plus tardivement chez elles (entre 60 et 64 ans) que chez les hommes (entre 50 et 54 ans).

Bien sûr, d’autres facteurs — entre autres environnementaux (présence de polluants, ingestion de médicaments, etc.) et génétiques — entrent en jeu dans le cas de l’obésité.

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Enfin, notre dernière carte permet de comparer la manière dont l’obésité affecte garçons et filles âgées de moins de 20 ans. En 2010, on comptait plus de 42 millions d’enfants en surpoids dans le monde, selon l’OMS. Les 4/5 d’entre eux vivraient dans des pays dits “en développement”.

Selon les résultats de l’étude américaine, en France, 5% des enfants (filles et garçons confondus) seraient obèses et 18% des filles seraient en surpoids contre seulement 14% de garçons.

Comme le précise l’OMS, ces cas d’obésité infantiles sont particulièrement inquiétants dans la mesure où ces enfants seraient “plus susceptibles de contracter des maladies non transmissibles telles que le diabète ou des maladies cardiovasculaires à un âge précoce” . À ces risques plus élevés à l’âge adulte s’ajoute le fait que les enfants obèses devront souvent faire face à des problèmes de santé pendant l’enfance. La liste est longue : difficultés à respirer, risque accru de fractures, hypertension ou encore une résistance à l’insuline. Tout cela sans parler des multiples complexes et conséquences psychologiques.

Une touche d’espoir cependant, comme le rappelle l’OMS, l’obésité peut, dans la plupart des cas, être prévenue et guérie. Des initiatives gouvernementales ou municipales, comme celle prise récemment au Chili, en Russie, ou au Mexique – et dont 8e étage vous a parlé –, peuvent notamment participer à lutter contre l’une des plus graves épidémies de notre époque.

Le sujet vous intéresse ? Nous vous invitons à consulter directement ce dossier, disponible sur le site de l’OMS (dont la dernière mise à jour date de juin 2016). Vous trouvez également un classement des pays qui comptent le plus important pourcentage d’obèses sur le site du CIA’s World FactBook (données en date de 2008 pour la plupart). Nous vous invitons également à consulter cet article, en anglais, très complet du Dr Emmanuela Gakidou qui s’est intéressé à l’évolution de l’obésité à différentes échelles (locales, régionales, nationales, mondiales) entre 1980 et 2013. Enfin, la fascinante étude publiée en juin 2017 dans le New England Journal of Medicine est disponible ici. Bonne lecture.

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