Après la guerre, au tour du tourisme de menacer la Colombie   

Après plus d’un demi-siècle de conflit armé, la Colombie s’est transformée en eldorado touristique. La paix signée avec la plus vieille guérilla des Amériques confirme l’embellie sécuritaire. Résultat : les voyageurs se ruent sur cet immense réservoir de biodiversité. Les parcs nationaux, pris d’assaut, ont doublé leur fréquentation en un an seulement. L’État, lui, surfe sur la vague. Mais certains constatent déjà les conséquences désastreuses d’un tourisme sans limites sur la nature colombienne.

Les touristes déferlent en Colombie, comme ici à la Piedra del Peñol. (photo Jérôme Le Boursicot/8e étage)
Les touristes déferlent en Colombie, comme ici à la Piedra del Peñol. (photo Jérôme Le Boursicot/8e étage)

Dès l’aurore, de vieilles jeeps colorées stationnent sur la place principale de Salento, au cœur de la région du café. Les touristes s’y entassent. À l’intérieur, des accents argentins, allemands, américains résonnent. Le moteur vrombit et le véhicule s’élance vers les montagnes d’El Valle del Cocora, une vallée célèbre pour sa concentration en palmiers de cire, qui peuvent y atteindre 60 mètres de haut. Debout sur le marchepied arrière des jeeps, leur visage fouetté par le vent, des voyageurs hurlent leur joie d’en prendre plein les yeux.

« Une fois, on a réussi à caser 21 personnes dans un de ces 4×4 », sourit Diego, guide de haute montagne. Il change d’expression : « Le problème, c’est que cet endroit n’est plus aussi préservé qu’avant. À l’époque de la guérilla, il n’y avait quasiment aucun touriste ici. Maintenant, des guides viennent de loin pour y organiser des treks. Certaines agences emmènent soixante personnes à la fois »

Diego n’a pas aperçu un guérillero dans le coin depuis sept ou huit ans. Sous la frondaison de la forêt de brume, les colonnes de randonneurs ont remplacé celles des combattants. Ces derniers ne traînaient jamais longtemps dans la vallée, de peur que l’armée ne leur tombe dessus. C’est elle qui a bouté les Forces armées révolutionnaires colombiennes (FARC) hors de la région.

Aujourd’hui, la Colombie a changé de visage. Le pays semble enfin avoir tourné la page d’une guerre civile qui l’a déchiré pendant une soixantaine d’années, entraînant 260 000 morts, 60 000 disparitions et sept millions de déplacés. Les FARC, la principale guérilla, ont en effet quitté de vastes territoires après la signature d’un accord de paix en décembre 2016. Fin juin, 7 000 combattants ont finalement déposé les armes, mais cela fait une dizaine d’années déjà que la Colombie connaît une embellie sécuritaire. Les grands cartels de la drogue ont été démantelés, et les groupes paramilitaires démobilisés.

Les palmiers pouvant atteindre 60 mètres d'El Valle del Cocora sont des emblèmes de la Colombie. (photo Jérôme Le Boursicot/8e étage)
Les palmiers pouvant atteindre 60 mètres d’El Valle del Cocora sont des emblèmes de la Colombie. (photo Jérôme Le Boursicot/8e étage)

Résultat : le pays est devenu un nouvel eldorado touristique. Les visiteurs étrangers y déferlent. Sur les quatre premiers mois de l’année, ils étaient près de deux millions. C’est 600 000 de plus qu’en 2016, soit une hausse de 43,1% ! La croissance est exponentielle. Entre 2015 et 2016, avec déjà 14,5% de touristes en plus sur toute l’année, c’était de loin la plus forte augmentation en Amérique latine, bien supérieure à la moyenne mondiale. Les Colombiens comptent sur le boom du secteur pour se relever du conflit. Pourtant, ce tourisme incontrôlé inquiète les amoureux de la nature comme Diego. Selon eux, l’environnement et les autorités ne sont pas prêts à accueillir un tel afflux de touristes.

EAUX USÉES ET DÉCHETS POLLUENT LA MER

Il faut aller à Carthagène, sur la côte nord, la région la plus touristique du pays, pour réaliser l’ampleur du problème. Cette ville, surnommée « perle des Caraïbes », son architecture coloniale et sa chaleur accablante s’avèrent incontournables dans la « To do » du voyageur en Colombie. Les belles plages de sable fin bordant la cité agissent comme un aimant sur les touristes en sueur. 

C’est le cas de ce groupe d’Argentins, la vingtaine, tongs et peau tannée par le soleil, qui a prévu de lézarder pendant deux semaines à Playa Blanca. La plage paradisiaque est située à l’orée du parc national Corales del Rosario y San Bernardo, le plus fréquenté du pays. En un an, le nombre de visiteurs de ce parc a doublé, atteignant 846 164 entrées en 2016. Playa Blanca déborde. 

Les visiteurs du parc national Tayrona, sur la côte caraïbe, profitent de la plage de Cabo San Juan après avoir crapahuté dans la jungle. (photo Jérôme Le Boursicot/8e étage)
Les visiteurs du parc national Tayrona, sur la côte caraïbe, profitent de la plage de Cabo San Juan après avoir crapahuté dans la jungle. (photo Jérôme Le Boursicot/8e étage)

« On a enregistré jusqu’à 15 000 personnes par jour sur cette plage. La limite quotidienne est de 3200 », commente Gloria Amparo Rodriguez, directrice de recherche en droit environnemental à l’université du Rosario. Les autorités ont dû mettre en place un contrôle à l’entrée de la plage, raconte l’universitaire. « La carence d’assainissement génère des impacts environnementaux dans l’aire marine protégée, à cause des pollutions liées aux eaux usées et aux déchets. Les tortues ne peuvent déjà plus nidifier dans cette zone. L’Institut de recherches marines et côtières (Invemar) a établi qu’une des causes de la perte de diversité marine et côtière est le tourisme et que les archipels Nuestra Señora del Rosario et San Bernardo font partie des sites très menacés. »

LA COLOMBIE, REINE DE LA BIODIVERSITÉ

Gloria Amparo Rodriguez ajoute que « les mangroves sont touchées ». Un milieu précieux ayant des propriétés inégalées en matière de séquestration des gaz à effet de serre. Et surtout, c’est une nurserie pour la reproduction des poissons, crabes et crevettes. Une faune marine dont « la diversité en Colombie est reconnue comme étant exceptionnelle »

De manière générale, quand il s’agit du vivant, le pays monte souvent sur le podium. « C’est le premier pays pour le nombre d’espèces d’oiseaux (20% des espèces de la planète) et d’orchidées, le deuxième pour les plantes, les amphibiens, les poissons d’eau douce et les papillons, le troisième pour les reptiles et le quatrième pour les mammifères. » 

Le Programme des Nations unies pour l’environnement a classé la Colombie sur la liste des 17 pays « mégadivers » — c’est-à-dire ceux qui concentrent le plus grand nombre d’espèces végétales et animales au monde. « L’usage que nous faisons de cette richesse nous conduit à mettre en danger les écosystèmes », affirme Gloria Amparo Rodriguez.

Pourtant, le gouvernement semble bien décidé à tirer profit de ces écosystèmes. Jungle amazonienne, forêt tropicale, volcans et sommets enneigés, plages et coraux de la côte caraïbe, littoral sauvage du Pacifique, déserts, tourbières d’altitudes peuplées de plantes étranges… Ce territoire deux fois plus grand que la France offre un éventail impressionnant de milieux naturels. 

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L’État prévoit de former des bataillons de professionnels du tourisme. Pas moins d’1,8 million d’emplois ont en effet été générés par la filière en six ans, selon María Claudia Lacouture, ministre du Commerce et du Tourisme. Un essor qui a fait du secteur la deuxième source de revenus du pays, avec 5,2 milliards de dollars en 2016, derrière le pétrole. « Après cette guerre, la Colombie a une opportunité en or », se réjouit la ministre. « Notre objectif est d’atteindre les six milliards de dollars de revenus et de créer 300 000 nouveaux emplois dans le secteur d’ici 2018. »

Dans le viseur du gouvernement, les 59 parcs nationaux. Ils ont reçu 1,5 million de visiteurs en 2016, le double de l’année précédente. Cette arrivée massive présente des « défis énormes », estime Julia Miranda, la directrice de l’administration des parcs. La plupart d’entre eux se trouvent dans des zones où la guerre faisait rage il y a seulement quelques années. Seuls 21 parcs ont les infrastructures pour accueillir du public. Pourtant, le gouvernement souhaite en équiper d’autres.

DES HUIT OTAGES AUX MILLIERS DE VISITEURS

Le parc national Tayrona est érigé en modèle. Ce site, dédié à « l’écotourisme » et célèbre même au-delà des frontières colombiennes est cogéré par les peuples autochtones qui l’habitent. Le conflit a longtemps sanctuarisé ces 19 000 hectares lovés au pied du plus haut massif côtier au monde, dans le nord du pays. En 2003, huit touristes étrangers avaient été séquestrés cent jours durant par la guérilla, plus haut dans la montagne. 

Quatre ans plus tard, en haute saison, seule une vingtaine de chanceux découvrait chaque jour les merveilles du parc. Aujourd’hui, à la même période, il faut réserver sur Internet et arriver tôt pour espérer faire partie des 6 900 visiteurs autorisés quotidiennement. Sous la canopée, la file de marcheurs paraît sans fin. Sac sur le dos, elle crapahute en évitant les longues colonnes de fourmis charriant des morceaux de feuille. La jungle bourdonne, habitée par des insectes dignes de ténors et des singes hurleurs.

Au détour d’un sentier, un enfant Kogi lève une machette au-dessus de sa tête. Il l’abat lourdement sur une noix de coco calée contre un tronc couché. Avec deux autres petits vêtus de l’habit traditionnel blanc de leur peuple, ils ignorent les dizaines de touristes qui les scrutent. Les Kogis sont les derniers héritiers des Tayronas, l’une des plus grandes sociétés précolombiennes du continent sud-américain, décimée par les colons espagnols au 16e siècle. 

Dans le parc national Los Nevados, les colonnes de randonneurs étrangers ont remplacé celles des FARC qui contrôlaient ces montagnes il y a une décennie. (photo Jérôme Le Boursicot/8e étage)
Dans le parc national Los Nevados, les colonnes de randonneurs étrangers ont remplacé celles des FARC qui contrôlaient ces montagnes il y a une décennie. (photo Jérôme Le Boursicot/8e étage)

Le tourisme de masse dans le parc, avec près de 400 000 visiteurs l’an passé, les inquiète. Alors, pour la deuxième fois, les quatre peuples cogérant le site ont obtenu sa fermeture pendant un mois. Moins que la période demandée. Subsiste cependant l’espoir « que la nature entre en équilibre », comme le disent les Amérindiens, qui profitent de ce moment pour organiser des cérémonies. 

Au cours de ce répit, « les ruisseaux et les autres zones aquatiques se régénèrent », indique Luz Elvira Angarita, directrice du territoire Caraïbe au sein de l’administration des parcs nationaux. « Des mammifères, dont un jaguar et un puma, qu’on ne voit pas dans l’aire protégée lorsqu’elle est ouverte au public, ont même pu être observés. Tout comme des oiseaux Paujil à bec bleu, en danger critique d’extinction », ajoute le chef du site, John Jairo Restrepo. Vidé de ses visiteurs, le parc Tayrona redevient presque sauvage.

DE GRANDS HÔTELS DANS LES PARCS ?

Dans les aires protégées, Dame nature va peut-être être contrainte de laisser un peu de place aux hôtels. Un projet de décret gouvernemental prévoit d’autoriser à nouveau leur construction dans les parcs nationaux. Elle avait pourtant été interdite en 2013, à la suite d’une controverse autour de projets d’établissements haut de gamme à Tayrona.

Au printemps dernier, le texte a suscité une nouvelle levée de boucliers, y compris dans les rangs de l’administration des parcs nationaux qui a fortement critiqué un projet privilégiant le tourisme à la préservation de l’environnement et des communautés. L’idée serait de tirer profit de la nature plutôt que de la protéger, comme l’a résumé un ancien ministre de l’Environnement colombien.  

Dans le parc national Los Nevados, les colonnes de randonneurs étrangers ont remplacé celles des FARC qui contrôlaient ces montagnes il y a une décennie. (photo Jérôme Le Boursicot/8e étage)
(photo Jérôme Le Boursicot/8e étage)

Maria Claudia Lacouture, la ministre du Tourisme, a pour sa part rétorqué qu’il ne s’agit que de réguler un secteur peu réglementé et en plein boom. Le ministre de l’Environnement actuel a lui aussi tenté d’éteindre l’incendie naissant en réaffirmant « l’objectif principal de conservation des parcs » et assuré qu’aucun grand projet hôtelier n’était pour l’heure prévu dans les parcs nationaux.

DES MILLIONS D’ARBRES TOMBENT, LE TOURISME PRIME

Néanmoins, scientifiques comme environnementalistes restent sur leurs gardes. D’autant que les moyens alloués par l’État au tourisme — notamment pour sécuriser certains sites — peuvent l’être au détriment de la protection des ressources naturelles, à en croire certains activistes.

Exemple en Amazonie, qui couvre un tiers du pays. Le président Juan Manuel Santos a fièrement souligné le décuplement en sept ans du nombre de visiteurs à Caño Cristales, dans le Meta. C’est un des départements historiquement affectés par le conflit. Une autre caractéristique du Meta ? C’est aussi le plus touché par la déforestation, qui a progressé de 44% au niveau national, soit l’équivalent de l’Essonne défriché en 2016. 

Dans le Meta, le départ de la guérilla est directement en cause, selon un biologiste œuvrant pour l’État. Les FARC interdisaient la déforestation de plus de quelques hectares par famille vivant dans les parcs naturels Tinigua et La Macarena, par exemple. Les combattants partis, des habitants se sont mis à abattre les arbres à « vitesse grand V » pour étendre leur ferme d’élevage et leurs cultures de coca. Ces plantations et les mines d’or clandestines finançaient la guérilla. 

Ce sont désormais les bandes criminelles, qui ont succédé aux groupes paramilitaires, qui s’en emparent et poussent à défricher. Le trafic de coca, lui, prospère toujours plus. Luis Carlos Hernández, un militant, regrette que l’État n’agisse pas contre le fléau de la déforestation. Un parc naturel et sa fameuse « rivière aux cinq couleurs » accaparent les moyens publics. Selon lui, « tout ce qui les intéresse, c’est la rivière Caño Cristales et les millions que génère le tourisme ».

L’Institut amazonien de recherche scientifique (Sinchi) estime qu’un cinquième de la flore colombienne pousse en Amazonie. Luz Marina Mantilla, sa directrice, prévient qu’une pression inadaptée sur cet écosystème rendrait encore plus vulnérables près de 25 espèces en danger d’extinction. Les ressources en eau pourraient aussi être menacées, selon Adriana Soto, économiste et directrice régionale de l’ONG « The Nature Conservancy » : « Si la forêt amazonienne était affectée, on perdrait une grande partie de l’eau du fleuve Madgalena, un bassin dont dépendent 70% du PIB du pays ».

LE TROP-PLEIN DE VISITEURS ÉPUISE L’ÎLE

Direction San Andres, à 800 km de la côte Caraïbe. Contrairement à l’Amazonie, cette île a été épargnée par le conflit. Là-bas, les conséquences désastreuses d’un tourisme incontrôlé pendant des décennies sautent aux yeux. En 1954, l’État en a fait une zone de commerce détaxée. Désormais, les touristes s’entassent sur ce bout de roche volcanique de 26km2, qui souffre déjà de surpopulation. Environ 130 000 habitants vivent sur la plus grande île de l’archipel de San Andrés y Providencia, estime le gouverneur Ronal Housni Jaller. C’est 13 fois plus qu’à Noirmoutiers, pourtant presque deux fois plus grande.

Les touristes déferlent en Colombie, comme ici à la Piedra del Peñol. (photo Jérôme Le Boursicot/8e étage)
Les touristes déferlent en Colombie, comme ici à la Piedra del Peñol. (photo Jérôme Le Boursicot/8e étage)

Ici aussi, la fréquentation ne cesse d’augmenter. 2 700 à 3 000 visiteurs, surtout des Colombiens, débarquent chaque jour. « C’est un chiffre inquiétant », juge Jorge Mendoza, commandant de la police de San Andres. « Parfois, les ressources naturelles, comme l’eau, ne sont pas suffisantes. » Les réserves du précieux liquide vont en priorité aux hôtels qui hérissent la partie la plus urbanisée de l’île. 

« La crise est totale, avec les égouts et les conduites d’eau, se désole le gouverneur. Les eaux usées ont débordé dans deux îlots. Les entités publiques de l’île ne travaillent pas ensemble. » Trois montagnes d’immondices grossissent dans un coin. Dans leurs filets, les pêcheurs remontent de moins en moins de poissons et de langoustes. Ils évoquent une mauvaise gestion environnementale. 

Devant les barres d’immeubles, les plages sont bondées. Un groupe de touristes abandonne le sable chaud en laissant ses déchets sur place. Des vaguelettes lèchent la plage. L’eau turquoise grignote dangereusement les côtes de l’atoll. 

Les visiteurs du parc national Tayrona, sur la côte caraïbe, profitent de la plage de Cabo San Juan après avoir crapahuté dans la jungle. (photo Jérôme Le Boursicot/8e étage)
(photo Jérôme Le Boursicot/8e étage)

Pour construire logements, bungalows et grands hôtels au bord de la mer, du sable a été extrait des plages et du bois des mangroves a été abattu. Résultat : ces digues naturelles protégeant de l’assaut des vagues ont été détruites. Un phénomène qui « a contribué au recul d’une côte » déjà érodée par le changement climatique, comme l’indique l’Invemar dans un rapport. Les îles de la côte caraïbe perdent en moyenne un mètre de plage par an. Une érosion côtière qualifiée de « préoccupante » par le ministère de l’Environnement.

Las, les habitants de San Andres disent que « l’île ne survivrait pas sans le tourisme ». Le Département dit en vouloir un qui soit durable. Dans son plan de développement, il dresse cependant un constat amer : « Le modèle touristique dominant sur l’île n’est pas adapté. Le schéma actuel ne tient pas compte de la capacité de notre île, en affectant gravement l’environnement et l’offre de services publics ».

À PROVIDENCIA, ON VEILLE SUR SON COIN DE PARADIS

San Andres est le contre-exemple que rejettent les 5 000 habitants de l’archipel Providencia, distant de 90 km. Ils prônent un tourisme raisonné. À Providencia, la nature est loin d’être envahie. Certes, son isolement est la principale cause de sa préservation : il faut deux jours pour s’y rendre depuis le continent. Seuls de petits coucous y atterrissent. Surtout, la population entend bien sauvegarder à tout prix son petit coin de paradis de 17 km2, déclaré par l’UNESCO « réserve mondiale de la biosphère ». 

Les habitants de l'archipel Providencia veulent préserver leur coin de paradis du tourisme de masse qui a dégradé l'île voisine de San Andres. (photo Jérôme Le Boursicot/8e étage)
Les habitants de l’archipel Providencia veulent préserver leur coin de paradis du tourisme de masse qui a dégradé l’île voisine de San Andres. (photo Jérôme Le Boursicot/8e étage)

Dans sa barque, Nelson, un colosse au large sourire, observe quelques nageurs tourner autour de deux tortues vertes déjeunant un peu d’herbes sous-marines. « Au conseil municipal, j’ai proposé qu’aucune construction ne dépasse la hauteur d’un palmier. C’est passé », raconte l’ancienne star de la sélection nationale de basket-ball, dans un anglais aux accents de Jamaïque. 

Il y a 25 ans, les habitants ont gagné une bataille contre la mairie, qui voulait octroyer des permis de construire à 17 grandes compagnies hôtelières. « On ne veut pas que Providencia ressemble à San Andres. » 

Quand la nuit tombe, fin mai, des centaines de milliers de crabes noirs dévalent la montagne pour aller pondre leurs œufs dans la mer. La coulée de crustacés, qui bloque la seule route, traverse les terrasses sous les yeux amusés des habitants. Pour rien au monde, Nelson ne troquerait ce spectacle. Pas même pour une marée de visiteurs et quelques pesos de plus. 

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2 commentaires

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  2. Nathan JOBARD 2 années ago

    Article super intéressant, merci Jérôme!

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