[Jeu de cartes] Quinze années de migrations dans le monde en time-lapse 🔒

Cette semaine dans “Jeu de cartes”, notre chronique hebdomadaire toute en cartes, nous vous proposons de nous intéresser à une réalisation du think tank brésilien Institut Igarapé. Intitulée « Earth Timelapse », il s’agit d’une visualisation de données illustrant graphiquement les mouvements de millions de migrants (toutes catégories confondues) entre 2000 et 2015 dans le monde. Selon ses auteurs, elle permet notamment de constater l’existence d’une “forte corrélation” entre les agissements de groupes terroristes, à l’instar d’Al-Qaïda ou de l’Organisation de l’état islamique (OEI), et les vagues de migration de populations.

Un camp de réfugiés en Turquie en 2016.(Photo Flickr/ European Parliament)
Un camp de réfugiés en Turquie en 2016.
(Photo Flickr/ European Parliament)

Un constat pour commencer : selon les estimations du le Haut-commissariat aux réfugiés (HCR), il n’y a jamais eu autant de réfugiés et autres déplacés dans le monde depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. L’une des causes principales ? Les conflits interminables et le terrorisme, qui touchent notamment le Moyen-Orient et l’Afrique.

Ces dernières années, des millions de réfugiés ont essayé de traverser la Méditerranée, puis emprunté la route des Balkans. Leur objectif ? Rallier un continent européen aux allures d’oasis de paix. Pourtant, les portes se ferment de plus en plus devant eux au fur et à mesure que se durcissent les politiques migratoires. Dans l’impossibilité de poursuivre leur route, une grande partie d’entre eux se retrouvent bloqués dans les pays du sud de l’Europe, par exemple en Grèce.

Nous évoquions déjà la semaine dernière dans cette chronique les travaux de Robert Muggah, chercheur en sécurité et directeur du think tank brésilien Institut Igarapé. Cette semaine, nous revenons sur une autre réalisation de ses équipes, cette fois-ci en matière de flux de migration.

Les chercheurs ont en effet réalisé « Earth Timelapse », une visualisation de données qui illustre graphiquement les déplacements de migrants au cours des quinze dernières années — une période “sans précédent” selon leurs propres mots. Elle a le mérite de rendre un peu plus tangible la crise des réfugiés, ou plutôt les multiples crises qui se superposent à travers le monde.

Les données utilisées sont celles récoltées par le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) entre 2000 et 2015. La visualisation de données, quant à elle, a été réalisée en collaboration avec le CREATE Lab de l’université américaine Carnegie-Mellon.

Avant d’aller plus loin, il est important de souligner que la carte ne différencie pas les types de migrations (réfugiés, demandeurs d’asile, migrants économiques, etc.).


 

Comme il est rappelé, à juste titre, sur le site Internet du Forum économique mondial (FEM), il convient de ne pas oublier que chaque point se déplaçant sur l’écran représente 17 personnes ayant probablement dû braver de multiples dangers pour pouvoir partir. De plus, il est estimé qu’en moyenne pour chaque personne capable de quitter son pays d’origine, deux autres se voient déplacées au sein même du pays, pour cause de guerre, terrorisme, famine, etc.

Les chercheurs soulignent l’existence d’une “forte corrélation” entre les agissements de groupes terroristes, à l’instar d’Al-Qaïda ou de l’Organisation de l’état islamique (OEI), et les vagues de départ. Cela devient particulièrement visible lorsque l’on zoome sur la zone Europe/Asie/Afrique :


 

De plus, au contraire de ce que l’on peut lire dans certains médias, il apparaît très clairement que dans cette zone les premières grandes vagues de migrations partent de pays touchés par des conflits armés en direction d’autres pays de cette même zone géographique (et non pas directement vers l’Europe). Ainsi, la majorité des réfugiés fuyant l’Afghanistan, la RDC, l’Irak, la Somalie, le Soudan du Sud, la Syrie ou encore le Yémen s’installent dans des camps de réfugiés dans les pays voisins.

Il est également intéressant de remarquer que ce sont avant tout les villes qui accueillent l’essentiel des migrants, ce qui comprend les réfugiés. Selon les chercheurs, elles assurent la protection, l’accès au soins et éventuellement la bonne intégration des nouveaux arrivants. Ainsi, aux États-Unis, on compte une quarantaine de “villes sanctuaires” qui appliquent une politique de protection des migrants sans-papiers — dont le bon fonctionnement est menacé par l’administration fédérale américaine depuis l’élection de Donald Trump. Depuis 1999, il existe au Royaume-Uni une initiative similaire du nom de “cities of sanctuary” (“villes de sanctuaire” en français) qui regroupe près de 80 villes.

Côté français, une carte réalisée en 2015 (ci-dessous) par franceinfo évaluait à 438 le nombre de communes et communautés de commune s’étant portées volontaires pour accueillir des réfugiés. Elles y sont classées selon leur étiquette politique de l’époque :

Un peu plus tôt cette année, Robert Muggah déclarait lors du Forum économique mondial (FEM) de Davos que “la dernière fois que l’humanité s’est autant approchée de ces niveaux [de réfugiés et autres déplacés], c’était pendant la Seconde Guerre mondiale”. À l’en croire, de nos jours les déplacements de la population toucheraient en réalité quelque 65 millions de personnes. “Cela veut dire qu’une personne sur 100 dans le monde a dû quitter son foyer”.

Selon lui, il n’existe qu’une seule façon de régler la crise des réfugiés : mettre un terme aux conflits entraînant la fuite de ces populations “ce qui demandera plus d’engagement international”. Il ajoute également que dans la mesure où les “États-nations faillissent à leurs responsabilités souveraines, les villes devront également intensifier leurs efforts pour relever ce défi”. Il conclut avec une note d’optimisme : “Leur force viendra de leur nombre, agissant collectivement plutôt qu’en isolation”.

Le sujet vous intéresse ? Pour les anglophones, nous vous invitons à consulter les travaux du think tank brésilien Institut Igarapé directement sur son site officiel : ici. Pour plus d’information, n’hésitez pas à consulter les sites du Forum économique mondial (FEM) et de l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR). Bonne lecture.

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