L’Espagne naturalise les descendants des Juifs expulsés en 1492

 Une loi facilitant la naturalisation des descendants des Juifs séfarades, introduite en 2012 mais seulement votée en juin de cette année, est entrée en vigueur jeudi dernier. Le lendemain, le Conseil des ministres espagnols octroyait, par l’intermédiaire d’un « décret royal du gouvernement », la nationalité espagnole à 4302 descendants de Juifs séfarades.

 Plaque commémorant l'existence d'un quartier juif à Tolède, en Espagne. (Photo Flickr/ Antonio Marín Segovia)
 Plaque commémorant l’existence d’un quartier juif à Tolède, en Espagne.
(Photo Flickr/ Antonio Marín Segovia)

Ils ont vécu des centaines d’années dans une coexistence le plus souvent pacifique, bien que parfois compliquée, avec leurs voisins chrétiens et musulmans. Malheureusement pour eux, cette période devait s’achever à la fin du XVIe siècle. En 1478, les monarques catholiques espagnols instaurent le Tribunal du Saint-Office de l’Inquisition (aussi connu sous le nom d’Inquisition espagnole), en parallèle de la reconquête des territoires musulmans, dans le but de maintenir l’orthodoxie catholique dans leurs royaumes. Les juifs seront parmi les premières victimes de cette nouvelle juridiction.

Le 31 mars 1492, après plus de dix années d’une ségrégation grandissante, Isabelle la Catholique signe le décret de l’Alhambra. Les quelque 200 000 juifs d’Espagne, accusés d’essayer de détourner les chrétiens de la seule vraie foi, sont placés face à un choix binaire : se convertir ou quitter le territoire pour ne plus jamais revenir (sous peine de mort). Si un certain nombre opte pour la conversion forcée devenant ainsi des « conversos » (convertis) ou plus vulgairement des « marranos » (ce qui peut se traduire par porcs en espagnol, en référence à l’interdiction de consommer la viande de cet animal dans la religion juive), beaucoup choisissent l’exil vers des destinations aussi diverses que l’Afrique du Nord, les Balkans, l’Empire ottoman, l’Italie ou encore le Portugal. Ils donneront naissance à une diaspora de plus deux millions de personnes : les Séfarades, dont beaucoup parlent encore une langue proche du castillan du XVIe siècle.

Il aura fallu attendre plus de 500 ans pour que l’Espagne ne donne à leurs descendants une chance de retourner s’installer sur la terre de leurs ancêtres et d’obtenir la nationalité espagnole, comme l’explique le Los Angeles Times. En 2012, une loi facilitant leur naturalisation est introduite au parlement par le gouvernement du conservateur Mariano Rajoy. Le texte est sans équivoque : quiconque peut prouver descendre de Juifs séfarades et avoir un « lien spécial » avec l’Espagne (certainement la partie la plus difficile) pourrait obtenir la nationalité espagnole. Il s’agit ici de corriger ce que le gouvernement espagnol lui-même considère comme une « erreur historique ».

La loi ne sera votée que trois ans plus tard, en juin 2015, à l’unanimité. Finalement entrée en vigueur ce jeudi, elle a d’ores et déjà permis l’octroi de la nationalité espagnole à 4302 descendants de Juifs séfarades, et ce rien qu’au cours de la journée de vendredi, comme le rapporte un article du quotidien francophone libanais L’Orient-Le Jour. Cette décision discrétionnaire du Conseil des ministres espagnols d’accélérer des procédures déjà en cours et de naturaliser par « décret royal du gouvernement », a été officiellement justifiée par l’existence chez ces personnes de « liens historiques avec l’Espagne ».

Auparavant, les Juifs capables de prouver leurs origines séfarades pouvaient déjà prétendre à la nationalité espagnole après deux ans de résidence dans le pays ou en écrivant une lettre de naturalisation au Conseil des ministres. Dans ces deux cas de figure, si la réponse s’avérait positive, les intéressés devaient généralement accepter de renoncer à toute autre nationalité. Ce qui n’est plus le cas avec l’entrée en vigueur de cette nouvelle loi.

Les estimations varient, mais près de 3,5 millions de personnes pourraient bénéficier de ces nouvelles dispositions — dont près d’un million et demi en Israël. Il n’est d’ailleurs pas non plus nécessaire d’être juif, mais juste de descendre des Juifs séfarades. Les intéressés ont maintenant trois ans pour soumettre leurs demandes.

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