Honest Gil, un faux candidat à la Maison Blanche pour dénoncer la corruption

 Le mouvement anticorruption américain Represent.Us a créé Honest Gil, un faux candidat à l’élection présidentielle de 2016. Son but : dénoncer la corruption et l’influence de l’argent dans le système politique américain.

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Bonjour, je suis Gil Fulbright. Les gens qui financent ma carrière politique me disent que je suis candidat à l’élection présidentielle. Alors me voici ! » dit l’homme, la soixantaine, au sourire rassurant et au physique avenant dans une vidéo qui suit tous les codes visuels d’une campagne présidentielle à l’américaine.

« “Les vrais Américains qui travaillent dur sont importants à mes yeux”… est un slogan que j’utiliserai tout au long de cette campagne. Je n’ai peut-être pas les bonnes qualifications pour être président, mais un angle de caméra dramatique peut m’en donner la posture. Un président qui sait hocher de la tête, qui a le courage de pointer du doigt et l’expérience de fourrer des mots tendances dans tout ce que j’emploie », ajoute-t-il, accompagné d’une musique mielleuse.

Gil Fulbright, surnommé Honest Gil (« Gil l’honnête »), est une parodie de candidat dans la course à la Maison-Blanche de 2016. Sa particularité : se montrer parfaitement honnête dans ses intentions présidentielles, c’est-à-dire complètement désintéressé de tout ce qui peut concerner ses concitoyens et motivé seulement par l’argent. Cette marionnette politique explique par exemple qu’il n’a nul besoin d’idées, de programme politique ou encore de morale. « Ce qu’il me faut, c’est 2 milliards de dollars », clame-t-il dans la même vidéo.

Le personnage, joué par l’acteur Frank L. Ridley, a mis au point un « plan en cinq étapes » (qui en compte en fait six) pour « remettre les États-Unis sur pied  » : faire secrètement appel aux groupes d’intérêt, aux milliardaires et aux lobbyistes, récolter la somme en question, promettre en toute sincérité que cette fois-ci, ce sera différent, se faire élire, rompre toutes ses promesses et, enfin, travailler sans relâche pour les grands donateurs qui ont acheté son mandat présidentiel. Gil conclut en approuvant « tout ce que mon équipe marketing a mis dans ce message ».

Dans une autre vidéo, le candidat satirique explique aussi qu’« aujourd’hui, les Américains font face à toutes sortes de défis. En 2016, tous les candidats présidentiels vont sans cesse promettre de vous aider, mais moi, je ne vous ferai pas perdre votre temps avec ça, parce que la vérité, c’est qu’on s’en moque de vous ». Il promet également à une “vraie personne avec de vrais problèmes” que, s’il est élu, il l’aidera à surmonter ses difficultés, tout en promettant d’accepter un immense don de la part des lobbys qui ont créé ces problèmes. Une manière de mettre en lumière avec humour le système entretenu par ce genre de financements.

Honest Gil est en effet l’œuvre du mouvement anticorruption Represent.Us. Le groupe vise à dénoncer l’absurdité d’un système politique gouverné par l’argent. Il œuvre actuellement pour « faire passer des lois anticorruption dans des villes et états à travers les États-Unis, et en finir avec la corruption légale qui définit aujourd’hui la vie politique moderne », comme l’explique leur site.

"Tout le discours libre que l'argent peut acheter"
“Tout le discours libre que l’argent peut acheter”

Par « corruption légale », les membres de Represent.Us entendent par exemple le coût faramineux de l’élection à venir l’année prochaine, estimée à un total record de plus de 5 milliards de dollars, soit plus du double de l’élection de 2012. En avril dernier, la démocrate Hillary Clinton planifiait de lever, à elle seule, 2,5 milliards de dollars pour financer sa campagne, soit plus que ce que Barack Obama et Mitt Romney ont récolté à eux deux en 2012.

Selon le New York Times, Hillary Clinton avait récolté 29,9 millions de dollars pour sa campagne à la mi-octobre. Elle était suivie de près par le démocrate Bernie Sanders (26,2 millions de dollars) et le républicain Ben Carson (20,8 million), loin devant Donald Trump (3,9 millions). Le quotidien new-yorkais ajoute que « la moitié de l’argent de campagne déclaré [à la Commission électorale fédérale] provient jusqu’à présent de dons à des groupes en dehors des campagnes, tels que les ‘Super PAC’ [les comités d’action politique] », des organismes privés qui aident ou gênent les candidats et élus en encourageant ou dissuadant l’adoption de certaines lois.

Ces Super PAC ne sont soumis à aucune limite financière, contrairement aux comités des candidats, qui ne peuvent accepter plus de 2 700 dollars par individu et par élection. Pour Represent.Us, le problème réside donc dans le fait que les grands organismes donateurs exigeront leur contrepartie une fois le candidat financé élu, l’amenant ainsi à placer les intérêts des citoyens en dernière page de l’agenda politique.

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Le candidat Honest Gil a beau être faux, il rencontre un franc succès de l’autre côté de l’Atlantique. Sur le site de financement participatif Indiegogo, le mouvement est parvenu à récolter le mois dernier près de 60 000 dollars dans le but de financer une campagne présidentielle parodique. L’argent servira notamment à produire de nouvelles publicités satiriques, mais aussi à suivre et s’immiscer dans les campagnes des vrais candidats, dans le but de faire connaître leur combat contre la corruption. En jouant la carte de l’honnêteté poussée à l’extrême, le mouvement entend forcer les vrais candidats républicains et démocrates à être aussi transparents.

Honest Gil n’en est d’ailleurs pas à son premier coup d’essai. En 2014, il était « candidat » au poste de sénateur du Kentucky et menait une fausse campagne derrière les vrais candidats Mitch McConnell et Alison Lundergan Grimes. « Il est faux, mais son impact était bien réel », explique le mouvement sur le site de crowdfunding. « La campagne de Gil en 2014 a généré des centaines d’articles dans la presse et a attiré l’attention du pays sur le mouvement anticorruption. Et ça, ce n’était qu’une élection sénatoriale… »

Passant désormais au cadre national, Honest Gil et Represent.Us pourraient étendre encore plus loin leur action et « faire de la corruption le sujet principal de 2016 », comme l’espère le mouvement. En France, peut-être pourra-t-on compter sur le président Salengro pour se charger d’une mission similaire en 2017.

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2 commentaires

  1. Maxime Lelong
    Maxime Lelong 3 années ago

    De rien !

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  2. Frank Ridley 3 années ago

    Merci pour passer le mot !

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