Mexique : Les détenus feraient la loi dans près de 60% des prisons d’État du pays

 En 2014, un rapport de la Commission mexicaine des droits de l’homme concluait que les détenus imposeraient leurs propres règles dans 58% des prisons d’État du pays — à ne pas confondre avec les prisons fédérales. Une situation qui ne se serait pas améliorée depuis, selon le site d’information américain Quartz.

(Photo Flickr/ Emilien ETIENNE)
(Photo Flickr/ Emilien ETIENNE)

Quatre cent quatre-vingt-trois doses d’herbe séchée (vraisemblablement du cannabis), 169 DVD, 122 objets munis d’une pointe métallique, 56 marteaux, 52 mèches de forage, 27 clés USB, 12 téléphones et une scie. Cette liste – non exhaustive – d’objets saisis la semaine dernière dans une prison d’État du Nuevo León, dans le nord-est du Mexique, illustre parfaitement la bonne santé de l’économie de contrebande dans certains établissements pénitentiaires du pays.

Selon un rapport daté de 2014 publié par la Commission mexicaine des droits de l’homme, il est estimé que les détenus “imposaient leur loi” dans 76 des 130 prisons d’État du pays, soit près de 60% des établissements. À en croire le média américain Quartz qui s’est intéressé à la situation des prisons mexicaines dans un récent article, la situation ne serait guère meilleure aujourd’hui, comme l’explique Daniel Montero Zendejas, un expert en droit pénal contacté par le pureplayer :

Il existe une société criminelle à l’intérieur de la prison, avec sa propre organisation et ses propres privilèges, et au sein de laquelle tout a un prix

Dans la prison Topo Chico, dans le nord-est du pays, théâtre récent d’une sanglante mutinerie ayant entrainé la mort de 49 détenus, l’économie grise avait pris des dimensions absurdes. Les autorités mexicaines y ont découvert « des aquariums, des cabines de sauna, des téléviseurs numériques, plus de 280 kiosques alimentaires et même un bar », explique notamment Europe 1.

Le rapport de la Commission mexicaine des droits de l’homme précise que, dans un grand nombre de prisons, ce sont des groupes de détenus qui gèrent le fonctionnement quotidien. Ces derniers contrôleraient par exemple les visites familiales, l’usage des téléphones ou encore la manière dont les détenus sont nourris. Une situation qui, à en croire le rapport, encouragerait les actes violents et les luttes de pouvoir.

La principale cause du problème selon Quartz proviendrait de la forte augmentation du nombre de détenus ces dernières années, une conséquence logique de la lutte acharnée, mais loin d’être sans faille, que livre actuellement le gouvernement mexicain contre les cartels. En décembre 2015, le système pénitentiaire du pays, originellement censé accueillir 200 000 détenus, en hébergeait près de 40 000 de plus.

Une autre cause serait à trouver du côté de l’usage abusif de la détention préventive au Mexique. De nos jours, ce type de détenus constituerait près de 40% de la population carcérale du pays, selon les dernières statistiques de la Commission de la sécurité nationale. Une situation préoccupante, surtout lorsque l’on sait que le nombre de gardiens de prison, bien souvent sous-entrainés et sous-payés est, quant à lui, loin d’augmenter à la même vitesse.

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